Le ralentissement de l'économie aux Etats-Unis et au Japon ne devrait pas plomber la croissance des douze pays membres de la zone euro, qui sera proche de 3% cette année grâce à une forte demande interne. «Nous sommes armés pour résister à un ralentissement aux Etats-Unis et pour résister à une évolution similaire au Japon», a déclaré lundi à Bruxelles le ministre belge des Finances, Didier Reynders, qui préside l'Eurogroupe, le forum de coordination des politiques économiques de la zone euro.

Le «grand argentier» belge, qui s'exprimait au lendemain d'une réunion de l'Eurogroupe, estime que la zone euro bénéficie «d'une capacité interne de croissance forte». «Nous sommes autour de 3% cette année et peut-être pour l'an prochain», a-t-il assuré, résumant le point de vue de ses collègues. «Nous sommes des optimistes professionnels», a confirmé l'Autrichien Karl-Heinz Grasser, selon qui la fourchette des estimations oscille entre 2,5 et 3,5% pour 2001.

S'ils se disent «préoccupés» par le ralentissement de l'économie américaine, les Douze sont plus inquiets de l'évolution du secteur financier japonais, qui a fait l'objet de déclarations «assez alarmistes», selon les mots du Français Laurent Fabius. Une éventuelle décélération en Allemagne – la locomotive de l'économie européenne table cette année sur une croissance de l'ordre de 2,7 à 2,8% – ne semble en revanche pas les inquiéter à ce stade, les Douze pariant sur la robustesse de la demande interne pour doper la croissance de l'Euroland.

On en aura le cœur net en avril, lorsque la Commission européenne présentera ses nouvelles prévisions de croissance. Elle tablait en novembre dernier sur une augmentation de l'activité de 3,2% dans la zone euro en 2001, en léger recul par rapport à l'an dernier (3,4%), après une croissance de 2,5% en 1999.

Lancement de l'euro: J –295

Enfin, comme ils le font désormais à chacune de leurs réunions mensuelles, les grands argentiers de l'Euroland ont également procédé à un état des lieux des préparatifs pour le lancement de l'euro. A jour J –295, la Commission juge les résultats «dans l'ensemble encourageants». Un gros travail d'information et de sensibilisation doit néanmoins être entrepris auprès des petites et moyennes entreprises et des particuliers, les deux catégories les moins préparées à l'avènement de la monnaie unique, le 1er janvier prochain.

Une enquête réalisée par Bruxelles en janvier montre qu'une PME sur quatre estime qu'il est encore trop tôt pour se préparer à basculer sa comptabilité. Les paiements en euros par les particuliers restent également peu importants: ils sont passés en volume au dernier trimestre 2000 de 1,1 à 1,38%, mais ont régressé en valeur de 7,1 à 6,1%. La décision de la France de libeller désormais toutes les factures de gaz et d'électricité en euros semble en revanche porter ses fruits: plus de 6 millions de virements ont été effectués en euros en janvier dans l'Hexagone.

A moins de dix mois du big-bang, les gouvernements, la Banque centrale européenne et la Commission se mobilisent. Des dizaines de millions sont investis dans des campagnes de sensibilisation qui prendront leur véritable envol au second semestre. Il s'agit d'éviter la pagaille dans les premières semaines de 2002. Un échec pourrait avoir de fâcheuses conséquences. Notamment en France et en Allemagne, où les électeurs seront appelés aux urnes pour des élections générales dans le courant de l'année.