Comment se faire entendre à 27 alors que les gouvernements s'emploient séparément à rassurer les marchés et les détenteurs de comptes?

A Luxembourg mardi, les grands argentiers de l'UE ont buté sur cet obstacle. Leur communiqué final a beau employer des mots forts, son contenu reste vague. «Nous sommes tombés d'accord pour soutenir les institutions financières systémiques, améliorer la stabilité et la solidité de notre système bancaire, et protéger les dépôts des épargnants», précise le texte.

Problème: cette unanimité ministérielle s'est accompagnée, dans la journée de mardi, de nouvelles dissonances. Alors qu'un rehaussement à 50000 euros du plafond européen de garanties a été adopté par l'Ecofin (voir ci-dessous), plusieurs pays de l'UE, comme le Portugal, ont annoncé sans concertation préalable avec leurs pairs une garantie totale à partir du premier euro, suivant l'exemple de l'Allemagne et celui, plus controversé, de l'Irlande.

Espagne vexée

La confirmation d'une réunion à Paris, vendredi, entre Nicolas Sarkozy et le premier ministre Espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, mécontent d'avoir été tenu à l'écart du sommet du G4 européen de samedi, prouve aussi les vexations ambiantes. Le Danemark a d'ailleurs réitéré lors de cet Ecofin ses critiques sur l'initiative française.

Président en exercice de l'UE, Nicolas Sarkozy avait il est vrai donné lundi un bel exemple d'unilatéralisme en bouleversant son agenda pour recevoir en urgence à l'Elysée le premier ministre belge Yves Leterme. Avec, au menu, le cas de Dexia, recapitalisée à hauteur de 6,4 milliards d'euros par les deux pays. «Une succession de réponses nationales peut provoquer la renationalisation du système financier européen» a mis en garde mardi, depuis Lisbonne, le président de la Commission José-Manuel Barroso. Plus que sur des actions concertées, les 27 ont donc surtout réaffirmé des principes, tel le caractère «temporaire» des interventions financières étatiques. Leurs conclusions sur les parachutes «dorés» accusés de pousser les cadres des banques à l'irresponsabilité manquent aussi de mordant.

Un reflet de la performance

Alors que plusieurs patrons français ont renoncé à ces mesures et que des pays comme la Belgique envisagent de les interdire, les 27 recommandent juste que la «performance et la profitabilité à long terme soit reflétée correctement et exhaustivement» dans les rémunérations.