L’UE se débat dans des crises humanitaires et financières. Pour illustrer les changements nécessaires, des experts tirent des parallèles défavorables avec les États-Unis. L’Europe aurait ainsi besoin d’une banque centrale plus forte, de plus d’intégration politique…

Cette prescription n’aborde pas un point essentiel: la diversité des populations d’Europe empêchera la création des «États-Unis d’Europe». L’Inde, composée d’une diversité comparable, est une mine de renseignements à cet égard. Mais les Européens seront-ils prêts à apprendre d’une économie émergente où règne la corruption?

L’UE doit unifier des peuples très différents. Dès 1947, l’Inde a intégré 600 royaumes ainsi que l’Inde britannique d’autrefois, et les a consolidés en états basés sur une seule langue. Il y en a 29 aujourd’hui.

L’UE et l’Inde ont toutes deux 24 langues officielles. En Inde, les peuples qui parlent ces langues vivent dans un pays dont la taille représente les 3/4 de l’UE. Plusieurs langues sont aussi différentes que le grec et l’anglais: Parfois les Indiens de langues différentes se parlent en anglais, une langue officielle.

L’Inde a une diversité religieuse plus grande que l’Europe: chrétiens, musulmans et hindous…

Apprendre à gérer la diversité

Les efforts de l’UE à gérer la diversité ont été consternants. Ses politiciens défendent l’Europe avec des logiques de technocrates, absentes de toute approche émotionnelle en faveur d’une unité. Chaque entité est avant tout préoccupée par ses avantages, provoquant des regroupements nationaux et linguistiques ainsi que l’aliénation des musulmans européens.

Ces politiciens ne semblent pas comprendre une vérité de base: quand les gens se rallient autour d’une même vision, insuffler le changement s’avère plus facile.

Les efforts de l’Inde à forger une identité commune sont un succès. En effet, «l’Inde» n’a pas existé pendant des millénaires. Elle a adopté un hymne national louant par son nom chaque partie du pays, ainsi qu’un drapeau incluant les couleurs des trois régions principales. Les politiciens ont pris des décisions qui n’avaient pas de sens logique ou économique, mais qui aidaient à gérer la diversité.

Malgré ses massacres religieux périodiques, poussés par la politique, l’Inde défendit la diversité religieuse. Quatre de ses 12 présidents furent musulmans, comme 4 des 42 Présidents de la Cour de Justice. Forbes établit la liste des Indiens musulmans milliardaires, et l’Inde adore les musulmans de ses films, de ses arts, et de son équipe de cricket. Pourquoi tant de musulmans britanniques ont-ils rejoint l'«État Islamique», alors que peu d’Indiens l’ont fait?

La politique européenne exigeant des enfants l’étude de deux langues étrangères était un pas destiné à instiller de la diversité, mais les pays la soutiennent de manière irrégulière. À Londres je n’entendais les Anglais parler qu’anglais, et durant une visite de quinze jours en Espagne je n’ai trouvé qu’un élève admettant savoir l’anglais.

Dans l’Inde des années 1970, nous, les étudiants, nous moquions des efforts d’un institut de langue «à l’Académie Française», qui imaginait des équivalents à l’anglais interminables en hindi.

Bien que le gouvernement actuel poursuive les mêmes idées stupides, DJ et animateurs TV et radio parlent un amalgame de langues indiennes et d’anglais. L’«hinglish», combinaison d’hindi et d’anglais, enseigne même aux locuteurs hindi illettrés des mots anglais.

Plutôt que célébrer la richesse culturelle de l’Europe et unifier ses peuples, ses dirigeants les séparent. Wolfgang Schäuble songea à faire quitter la Grèce de la zone Euro. David Cameron promit un référendum sur l’UE à moins qu’elle n’accède aux exigences britanniques. La Grèce flirte avec la Russie. Viktor Orban veut que la politique des migrants de l’UE assure que l’Europe reste chrétienne.

Et ainsi, la très riche UE ne sait gérer avec efficacité la crise de réfugiés actuelle. Par contraste, lors du bain de sang de 1971 dont naquit le Bangladesh, l’Inde reçut environ 10 millions de réfugiés musulmans.

L’UE cessera de tituber d’une crise à l’autre quand ses dirigeants assureront à ses populations qu’elle se tient derrière quelque chose qui les rend fiers. Ces dirigeants doivent décider d’une vision extraordinaire, mais humaine, qu’aucun pays ne peut exécuter seul. Ils doivent aussi apprendre à commencer par renoncer à quelque chose, afin de recevoir ensuite. David Cameron, Angela Merkel, et François Hollande n’ont pas montré qu’ils sont à la hauteur de ce défi.

Je suis pourtant convaincu que l’UE peut adopter la diversité et remporter ces défis: ce sont des Européens ordinaires qui ont créé Médecins Sans Frontières, et plutôt que de rester dans le confort de leurs riches patries, ils sont partis, au péril de leur vie, apporter lumière et espoir dans les coins les plus sombres du monde.