L’après-référendum ne sera pas simple

Europe Après le non grec au plan des créanciers, les paysde la zone euro se retrouvent à Bruxelles

Un nouveau programme d’aideà la Grèce est à l’ordre du jour

Athènes a sacrifié son ministredes Finances,Yanis Varoufakis

Au lendemain de la victoire massive du non à l’austérité, Alexis Tsipras s’est gardé de tout triomphalisme. Au contraire. Le premier ministre grec a sacrifié son trublion de ministre des Finances, Yanis Varoufakis qui, selon des diplomates européens, n’était plus un interlocuteur crédible pour la suite des négociations. Ce premier acte de l’après-référendum, lundi, n’est pas anodin. Rassuré par l’annonce de la démission, l’euro s’est redressé face au dollar sur les marchés de change.

Mais s’il s’agissait d’un gage de bonne volonté, il n’a pas suffi pour calmer les frustrations et les acrimonies accumulées ces dernières semaines du côté européen, surtout après que les diplomates grecs ont quitté la table de négociations alors qu’un accord était en vue. C’était le 26 juin dernier.

Mais, même sonnés par le non de dimanche, les dirigeants européens veulent sortir de l’impasse, tout en affirmant que la recherche d’un compromis est devenue plus compliquée.

Ce mardi sera capital. Une réunion de crise de l’Eurogroupe (ministres des Finances de la zone euro) a été convoquée à Bruxelles en début d’après-midi. Jeroen Dijsselbloem, son président, n’a pas caché son regret sur l’issue du référendum. Il a tout de même ajouté que l’objectif de maintenir la Grèce dans la zone euro est toujours valable. Dès lors, il a invité Athènes à présenter des propositions concrètes et réalistes pour redresser l’économie grecque.

Vice-président de la Commission et chargé de la monnaie unique, Valdis Dombrovskis a, lors d’un point de presse lundi, expliqué que l’exécutif européen se mettrait au travail pour sauver la Grèce dès que l’Eurogroupe lui donnerait le mandat. Il a rappelé qu’il s’agira bien d’un troisième programme d’aide pour la Grèce, le précédent ayant expiré le 30 juin dernier. «Les négociations tiendront compte de la situation économique qui s’est dégradée depuis le début de l’année», a-t-il souligné. Le nouveau ministre grec devra convaincre aussi sur les moyens qui permettraient à la Grèce de payer les arriérés de 1,54 milliard d’euros au Fonds monétaire international. Sans oublier l’échéance du 20 juillet, lorsqu’Athènes devra rembourser 3,2 milliards à la Banque centrale européenne.

En fin de journée, ce sera au tour des chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro de se retrouver en sommet à Bruxelles. Les regards sont d’ores et déjà tournés vers l’Allemagne, qui donne le ton. Lors d’un échange téléphonique avec Angela Merkel, Alexis Tsipras s’est engagé à présenter des propositions de réformes lors du sommet de mardi.

Pour Athènes, une restructuration de la dette est indispensable. Alexis Tsipras s’appuie notamment sur une étude publiée la semaine dernière par le Fonds monétaire international selon laquelle la dette grecque, 177% du produit intérieur brut, n’était pas soutenable.

Lundi soir, la chancelière allemande a eu un tête-à-tête avec son homologue français François Hollande à l’Elysée. Les deux dirigeants ont reconnu qu’il était «urgent d’agir pour la Grèce comme pour l’Europe». Ils ont fait savoir qu’ils respectaient le résultat du référendum. «Mais nous devons aussi tenir compte de ce que les dix-huit autres pays de la zone euro pensent», a déclaré Angela Merkel. Selon elle, «les conditions préalables pour de nouvelles négociations […] ne sont pas encore réunies. C’est la raison pour laquelle nous attendons maintenant des propositions tout à fait précises du premier ministre grec, un programme qui permettra également à la Grèce de retrouver la prospérité», a-t-elle ajouté.

L’Espagne et l’Italie, deux pays dont les économies restent exposées aux risques de contagion si la situation grecque devait se dégrader, sont partants pour négocier rapidement un troisième programme. Mais l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Slovaquie, où le niveau de vie est inférieur par rapport à la Grèce, lui reprochent de n’avoir jamais assaini son économie. Ces pays sont eux-mêmes passés par de douloureuses réformes.

En Grèce, les banques resteront encore fermées ces mardi et mercredi. La BCE a annoncé qu’elle maintenait sa ligne de crédit aux banques privées grecques dans le cadre du programme de prêts d’urgence ELA.

L’Allemagne attend d’Alexis Tsipras des «propositions précises»