Depuis ce week-end, les déclarations des responsables européens sur la Grèce les feraient presque passer pour des pandores s’interposant en haie autour d’un criminel afin d’écarter la foule déchaînée. Leur objectif? Tenter de dissuader les milieux financiers de parier sur l’aggravation des comptes publics grecs, afin «d’escorter» Athènes jusqu’à son prochain emprunt sur les marchés. Tout en évitant que ce rendez-vous crucial ne se solde par des exigences de taux d’intérêts astronomique, voire par un échec.

Repoussé depuis quinze jours, cet appel au marché – qui viserait à obtenir jusqu’à 5 milliards sur 10 ans – pourrait être organisé dès cette semaine par Petros Christodoulou, ancien banquier de Goldman Sachs récemment nommé à la tête de l’agence de gestion de la dette du pays. Cet emprunt doit notamment permettre de rembourser une partie des dettes contractées dans le passé, dont 8,2 milliards arrivent à échéance le 20 avril.

KfW et CdC à la manœuvre?

Citant des sources bancaires allemandes et des officiels grecs, le Financial Times comme le Wall Street Journal évoquent depuis ce week-end un plan de secours orchestré par l’Allemagne et la France, et visant à aider Athènes à réussir cette émission de dette obligataire. Les détails de ce cordon de sécurité restent flous. Son montant pourrait atteindre entre 20 à 30 milliards d’euros. Des institutions financières parapubliques – la Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW) et la Caisse des Dépôts – pourraient soit souscrire à cet emprunt grec soit offrir une «garantie» aux banques des deux pays, afin de les inciter à participer à une opération envers laquelle elles se montrent réticentes. La semaine dernière, plusieurs banques allemandes ont ainsi clairement indiqué ne pas vouloir souscrire à de nouvelles obligations de la république hellénique. Pour l’instant, la foule des spéculateurs reste dubitative face aux difficiles tractations au sein de l’Union européenne pour arriver à un soutien concerté.

L’euro replonge à nouveau

Les nouveaux sacrifices budgétaires demandés lundi par Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires monétaires, lors de sa visite à Athènes – et la présence à ses côtés de Juergen Stark, l’un des dirigeants de la Banque centrale européenne – montrent que les discussions se poursuivent. Mais le rejet, dimanche, par la chancelière allemande Angela Merkel, d’un quelconque soutien bancaire, par le biais des garanties d’Etat, reste dans les esprits.

Lundi en fin d’après-midi, les taux exigés sur les emprunts grecs se sont ainsi stabilisés juste sous les 6,3%. Ils avaient atteint jusqu’à 7,2% au plus fort de la crise, fin janvier. Signe de doutes toujours intacts, l’euro a recommencé à glisser sous la barre des 1,35 dollar qu’il avait déjà enfoncée jeudi.