Luxe

L'Europe inquiète désormais Richemont

En 2016, les ventes en Europe vont aussi marquer le pas, a annoncé vendredi le groupe genevois. Le ralentissement global est tel qu'il a poussé Richemont à supprimer 500 emplois en Suisse et à racheter des montres à certains détaillants

Richemont a supprimé 500 postes de travail en Suisse depuis le début de l’année 2015. C’est son directeur général, Richard Lepeu, qui a révélé ce chiffre vendredi, à l’occasion de la publication des résultats annuels du groupe de luxe genevois. Cent personnes ont été licenciées - le chiffre de 350 avait d'abord été évoqué en février. Les autres suppressions d’emplois ont été le résultat de départs ou de réorganisations internes.

«Je rappelle que nous avons créé plus de 2000 emplois en Suisse depuis 2010, a souligné le patron, lors d’une conférence téléphonique. Ces mesures étaient nécessaires pour restreindre la production en fonction des ventes que nous réalisons en sell-out [ndlr: les ventes aux clients finaux et non pas les ventes aux détaillants du groupe, le sell-in].»

Les investissements continuent

Richemont n’a pas souhaité préciser dans quelles manufactures les postes avaient été supprimés, mais a indiqué que cela concernait essentiellement l’outil de production. En avril, les syndicats – alors en négociation avec le groupe – avaient expliqué que les marques les plus touchées étaient Cartier, Piaget et Vacheron Constantin. «Nos structures devaient être adaptées à la demande à moyen terme. Nous considérons que c’est désormais le cas», a précisé Richard Lepeu vendredi, laissant entendre que la vague de licenciements était désormais terminée.

Les investissements en Suisse ne s’arrêtent pas pour autant, rappelle Richemont. En témoignent le nouveau Campus de Meyrin (GE), qui sera inauguré la semaine prochaine et l’extension prévue de la manufacture IWC à Schaffhouse.

Les Chinois achètent moins à l'étranger

Sur son année décalée (terminée à fin mars), Richemont a dégagé un bénéfice net de 2,23 milliards d’euros (2,48 milliards de francs), en hausse de 67%, grâce surtout à un gain exceptionnel de 639 millions lié à la fusion de son site de vente Net-à-Porter et du spécialiste italien de la confection Yoox, en octobre 2015.

Le chiffre d’affaires s’est étoffé de 6% à 11,08 milliards d’euros. Mais à taux de change constants, il se contracte de 1%. La croissance de 10% en Europe (31% des ventes), au Moyen-Orient et au Japon (+20%) a été réduite à néant par la faible marche des affaires en Asie Pacifique.

La région, dans laquelle le groupe gagne plus d’un euro sur trois, affiche une baisse de 13%. Hongkong et Macao «restent nettement négatifs». En Chine continentale (9% du chiffre d’affaires), ses ventes ont par contre augmenté de 10% durant l’exercice. Un effet de compensation, selon Richard Lepeu. «Les Chinois voyagent moins, notamment depuis les attentats du 13 novembre à Paris. Ou alors ils achètent moins lorsqu’ils voyagent».

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Sombre début d’exercice

Vendredi, les analystes, majoritairement déçus, se sont surtout attardés sur l’avenir. Le début d’exercice est plus faible que ce qu’ils craignaient déjà. En avril, premier mois de l’exercice 2016/2017, les ventes ont fléchi de 18% sur un an. Une chute qui concerne toutes les régions. L’Europe et le Japon souffrent aussi désormais, témoigne Richemont. «A court terme, l’Europe est notre plus grande préoccupation», a ajouté le patron du groupe.

La direction évoque des perspectives plutôt sombres pour le «futur proche». Le premier semestre, jusqu’à fin septembre, va souffrir de la comparaison avec celui de 2015, prévient-elle. Mais «nous n’avons aucune visibilité», a généralisé Richard Lepeu.

Comme ses grands concurrents, Richemont voit se confirmer la fin d’une décennie dorée pour le secteur du luxe. Les géants du secteur - Richemont, Swatch Group, LVMH, Hermès, Hugo Boss, Tiffany - ont enregistré une croissance annuelle des ventes de 7,6% en moyenne. En 2015, elle n’était plus que de 2,9%, selon les calculs de la banque Vontobel.

Des mesures exceptionnelles

La situation est en tout cas assez particulière pour qu’elle ait poussé Richemont à reprendre des montres à ses détaillants aux Etats-Unis, au Royaume-Uni mais aussi et surtout à Hongkong. «C’est une mesure tout à fait exceptionnelle, a précisé Richard Lepeu, sans chiffrer l’ampleur de ses rachats. Nous travaillons toujours pour que le sell-in corresponde au sell-out. Mais aujourd’hui, le changement de tendance est très brutal».

A Hongkong, rappelle-t-il, les vendeurs ont été à la fois touchés par les mesures anti-corruption en Chine, par le désamour des touristes continentaux et par la force du dollar local, arrimé au dollar américain. Les montres reprises sont, pour certaines, renvoyées dans d’autres marchés et, pour d’autres, démontées pour en récupérer la substance.

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