Les paysans repartent à l'assaut de Bruxelles. Poussée par l'explosion des prix alimentaires, la Commission européenne dévoilera aujourd'hui un «bilan de santé» de la Politique agricole commune (la PAC) axé sur le retour en force de la productivité.

La fin du système de jachère institué en 1988 - déjà suspendu l'an dernier pour une saison - et la suppression des quotas laitiers instaurés en 1984 font partie des mesures phares que doit annoncer à Strasbourg la commissaire (danoise) à l'agriculture Mariann Fischer Boel. L'abandon de l'obligation imposée aux exploitants de mettre chaque année 10% de leurs terres en jachère devrait libérer quatre à cinq millions d'hectares. Et permettre d'engranger 30 millions de tonnes de céréales en plus.

Ces mesures, présentées hier au Conseil des ministres de l'agriculture des Vingt-Sept, seront examinées par les chefs d'Etat et de gouvernement les 19 et 20 juin à Bruxelles. Elles s'accompagneront d'une communication de la Commission sur la récente augmentation des prix agricoles en Europe entre février 2007 et février 2008:+ 80% pour le blé,+ 28% pour le maïs,+ 63% pour le colza et+30% pour le lait... Une situation aggravée par la stagnation des rendements du blé, à cause du manque d'investissement dans la recherche et des contraintes environnementales. S'agissant du maïs et des biocarburants, la Commission estime que l'objectif de 10% des biocarburants - d'ici 2020 dans la consommation totale de carburant dans chaque Etat membre - est «faisable» si les rendements progressent de 1 à 2% par an.

Sur le plan politique, ce tournant radical de l'agriculture européenne ravive les plaies de la PAC, qui représente près de 40% des dépenses du budget communautaire. Le rôle de la France, première puissance agricole de l'UE et prochaine présidente tournante de l'Union à partir du 1er juillet, est notamment pointé du doigt par la Grande-Bretagne.

Critiques britanniques

Dans une lettre adressée à ses 26 collègues, le ministre britannique de l'agriculture Alistair Darling a réitéré les critiques de Londres sur la PAC qui, en limitant la production pour maintenir le niveau de vie et le nombre des exploitants, a selon lui créé une situation de pénurie et favorisé l'explosion des prix. Alistair Darling plaide en conséquence pour une suppression de toutes les subventions et l'abandon des droits de douane sur les matières premières agricoles. Des critiques rejetées pour l'heure à Bruxelles. La Commission a néanmoins annoncé la semaine dernière la suspension des droits de douane à l'importation appliqués à la plupart des céréales, pour atténuer la tension sur les marchés.

La question des aides est loin d'être réglée. A budget inchangé, la Commission doit confirmer aujourd'hui son intention de «découpler» l'attribution d'aide à la quantité produite afin de consacrer davantage de fonds au développement rural et à la protection de l'environnement. Elle propose notamment de prélever une taxe sur les agriculteurs percevant plus de 5000 euros, proportionnelle à la taille de leurs exploitations. Mariann Fischer Boel a dû renoncer, en revanche, à plafonner les aides supérieures à 100000 euros par an. La France et l'Autriche sont en outre montées au créneau pour dénoncer le risque qui pèse sur les éleveurs de régions fragiles comme les zones de montagne. La nécessité de maintenir des aides sectorielles spécifiques devrait donc être «réaffirmée».