Une flaque symbolique, sur laquelle l’Europe de l’agriculture pourrait bien déraper. A l’initiative de la Confédération européenne des producteurs laitiers (EMB), un collectif d’exploitants en colère a déversé symboliquement lundi un «lac de lait» au rond-point Schuman, siège de la Commission européenne à Bruxelles. Un geste destiné à attirer l’attention de son président tout juste réélu, José Manuel Barroso sur la crise de leur secteur.

Près de 40 millions de litres de lait devaient être également déversés, ce lundi, dans le reste de l’Europe. En Suisse, les producteurs ont immobilisé une centaine de tracteurs devant l’une des principales centrales laitières du pays, à Estavayer-le-Lac, dans le canton de Fribourg. Une manifestation a réuni une «centaine de tracteurs» et regroupé «entre 200 et 300 personnes» devant la centrale laitière Elsa, la centrale d’achat du leader helvétique de la grande distribution alimentaire Migros. Et cette promesse, partout en Europe, de poursuivre le mouvement dans les jours prochains.

Les producteurs helvétiques réclament une forte augmentation des prix du lait, actuellement vendu 55 centimes suisses (0,36 euro) alors que les coûts de production sont de 1 franc suisse (0,65 euro) par litre. Contrairement à l’Union européenne, le marché laitier suisse est déjà passé d’un système de contingent de droit public (quotas) à un système privé depuis le 1er mai dernier. La Suisse a par ailleurs entamé en 2008 des négociations avec l’UE sur un accord bilatéral de libre-échange agricole. Des aides fédérales à hauteur de 4 à 5 milliards de francs devraient être mises sur la table comme mesures d’accompagnement.

Dans une lettre qu’il entendait remettre lundi à M. Barroso – en déplacement cette semaine à New York pour l’Assemblée générale de l’ONU puis le G20 - le président de l’EMB, l’Allemand Romuald Schaber, réclame «la mise en place de mécanismes efficaces afin d’assurer une production et un approvisionnement stable de lait» en Europe.

Les producteurs jugent insuffisantes les mesures envisagées par la Commissaire sortante à l’agriculture, Mme Marianne Fischer Boel, qui a proposé la semaine passée d’assouplir les conditions dans lesquelles les Etats membres de l’UE peuvent racheter leurs quotas (plafonds de production) à des agriculteurs souhaitant quitter le secteur laitier. Le secteur laitier accuse Mme Fisher Boel de chercher, derrière cet assouplissement, à favoriser une restructuration de ce secteur excédentaire alors que les fameux quotas laitiers doivent disparaître en 2015.

La politique agricole commune, premier poste de dépenses budgétaires communautaires, a fait l’objet en novembre 2008 d’un «bilan de santé» à l’issue duquel les principaux pays producteurs tels que l’Allemagne et la France ont obtenu des aides pour assurer la transition. Berlin a notamment obtenu 300 millions d’euros pour soutenir ses producteurs de lait. La Commission européenne s’était engagée à effectuer une analyse du marché du lait en 2010 et 2012, avant de passer à l’acte et de supprimer les quotas.

Les producteurs reprochent aussi à la Commission européenne de laisser les Etats-membres choisir leurs réponses à cette crise laitière, au lieu de proposer un plan de sauvetage communautaire. Ils contestent aussi la proposition de la Commission – sur une idée avancée par la France et l’Allemagne (soutenues par quelque 16 autres pays européens) – que le prix du lait soit fixé lors de négociations entre producteurs et laiteries ou industriels. Par crainte d’être soumis au «diktat» des industriels.