Nicolas Sarkozy est un bon vendeur. A l'en croire, le sommet qui a réuni les quatre membres européens du G8 - France, Allemagne, Grande-Bretagne et Italie -, samedi à Paris, est une belle réussite. «L'Europe existe, elle propose une réponse» à la crise financière, a expliqué le président français à l'issue du sommet. «Nous avons fixé une doctrine», a-t-il précisé, avouant ainsi que cette réponse reste en bonne partie théorique.

Des paroles très dures ont été adressées aux financiers à l'origine de la crise. Il faut que «les dirigeants qui ont failli soient sanctionnés», a déclaré Nicolas Sarkozy. «La leçon à tirer de cette crise doit être de demander des comptes aux responsables», a ajouté la chancelière allemande Angela Merkel. «Faire porter à d'autres le risque de sa propre irresponsabilité, voilà un jeu qui doit être terminé», a conclu le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui représentait les pays de la zone euro.

Mais qui punira les banquiers fautifs, et comment? Le flou règne. Seules des mesures portant sur les rémunérations semblent envisagées. Les participants au sommet ont lancé un appel à l'élaboration de «codes de conduite garantissant que la rémunération ne se focalise pas sur la performance de court terme et n'encourage pas les prises de risque excessives».

Il faudra beaucoup d'ingéniosité et de pression morale pour que ces règles s'appliquent, rétroactivement, aux acteurs de la crise actuelle. Axel Miller, le patron de la banque Dexia, renflouée la semaine dernière par la Belgique, la France et le Luxembourg, vient de renoncer à une indemnité de 3,7 millions d'euros à la demande des gouvernements concernés. La France devrait décider cette semaine de limiter strictement les indemnités de départ et les «parachutes dorés» pour les patrons qui ont «commis des fautes».

Dans d'autres domaines, les quatre pays européens se sont contentés de déclarations d'intention. Ils souhaitent que les membres de l'Union européenne soutiennent leurs banques de façon autonome, mais avec «coordination» et «cohérence». En ligne de mire: l'Irlande, qui vient de garantir l'intégralité des fonds déposés dans ses établissements, au risque d'attirer des capitaux de toute l'Union.

Or, sur ce problème, la seule démarche évoquée samedi est une «discussion» entre la Commission européenne et le gouvernement irlandais.

Le sommet a tout de même débouché sur deux mesures concrètes. La première est le déblocage, par la Banque européenne d'investissement, de 30 milliards d'euros de crédits destinés aux PME. Mais cette décision avait été déjà annoncée le 13 septembre dernier, avec moins de fanfare.

L'autre mesure est d'autoriser les banques européennes à évaluer différemment leurs fonds propres. Il s'agit d'éviter que la chute des marchés boursiers et l'implosion des instruments basés sur les crédits immobiliers américains ne les forcent à réduire drastiquement leur volume de crédit. Ce changement doit intervenir «avant la fin du mois», selon les conclusions du sommet. Mais qui doit le mettre en œuvre? Le communiqué final mentionne l'IASB et le FASB, deux organismes internationaux spécialisés dans les normes comptables. Mais la Commission européenne, la Banque centrale européenne et les ministres des Finances de l'UE pourraient aussi avoir leur mot à dire.

Au final, le grand acquis du sommet est le soutien apporté à l'idée française d'une conférence destinée à réformer le système financier mondial. Les pays européens demandent qu'elle réunisse, «le plus tôt possible», les principales puissances de la planète.