Officiellement, l'Union européenne (UE) se penche encore sur le verdict de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) qui donne gain de cause aux plaignants (Etats-Unis, Canada et Argentine). Officieusement, elle en minimise les conséquences, estimant que son marché est déjà ouvert aux produits homologués et étiquetés. Elle rappelle que depuis la fin du moratoire européen sur les OGM, en avril 2004, 30 produits ont reçu le feu vert. «Pour l'instant, nous ne voyons pas de conséquences sur notre législation sur la sécurité alimentaire, que nous considérons comme la plus sévère du monde», a déclaré Barbara Helfferich, porte-parole du commissaire européen à l'Environnement.

Mais en réalité, les juristes européens se sont déjà mis au travail et se préparent à faire appel. «Il est inimaginable que l'UE accepte ce verdict, modifie sa législation et ouvre grandes ses portes à l'importation des OGM, commente un diplomate familier avec les conflits commerciaux. Lorsqu'il s'agit d'un dossier important, il est très rare que les pays acceptent un rapport de l'Organe de règlements de différends sans faire recours.» L'UE dispose de 60 jours pour passer à l'acte, à partir de la publication officielle du verdict qui devrait intervenir en avril.

Dans l'autre camp, la satisfaction est totale. Le représentant américain pour le Commerce, Rob Portman, a déclaré qu'il était désormais prouvé que «la biotechnologie est une technologie sûre et bénéfique qui améliore la sécurité alimentaire et aide à réduire la pauvreté dans le monde«. Le verdict de l'OMC est salué par les agriculteurs américains qui font remarquer que la politique restrictive européenne résulte en un manque à gagner de 330 millions de dollars par année dans un marché mondial évalué à 5,5 milliards de dollars. Selon eux, ce verdict rassurera les paysans et les consommateurs du monde entier par rapport à la sécurité alimentaire et aux avantages des OGM.

«Une victoire ne veut pas dire que les OGM vont envahir l'Europe. Elle signifie que les membres de l'OMC peuvent acheter et vendre des produits homologués sur des bases scientifiques et qu'ils ne peuvent pas ériger des barrières protectionnistes en se basant sur des fausses peurs», a écrit le journal Financial Post de Toronto.

Dans la guerre des OGM qui vient de prendre une nouvelle tournure, l'UE peut compter sur le soutien d'organisations non gouvernementales. Greenpeace estime que «les pays ont le droit de refuser les OGM et que ce verdict va augmenter l'hostilité des consommateurs vis-à-vis de l'OMC».