Comme on le dit des chats, le Britannique Peter Mandelson a aussi plusieurs vies. Depuis ce lundi, il assume les fonctions de commissaire européen au Commerce, en remplacement du Français Pascal Lamy. Un des architectes de la «Troisième voie» et du New Labour, qui ont porté Tony Blair au pouvoir en 1997, l'homme est convaincu qu'il n'y a pas de prospérité sans libéralisme économique.

Lors de son passage à Genève lundi, au lendemain de son entrée en fonctions, une façon explicite pour démontrer son attachement à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et au système commercial multilatéral, il a sans détour prêché pour l'ouverture des marchés et de réformes structurelles économiques dans le cadre des négociations du Cycle de Doha.

En l'an 2000, il était un des artisans de l'«Agenda de Lisbonne», censé faire de l'économie européenne la plus compétitive du monde. Prenant la parole devant le congrès du patronat britannique au début de ce mois, il a appelé l'Europe à poursuivre ses réformes. «Il faut redynamiser les vieilles structures et développer des marchés plus efficaces, une innovation rapide, plus de productivité, plus de croissance, et donc de plus hauts niveaux d'emplois pour les citoyens européens», a-t-il martelé en grand maître de la communication.

Des eurodéputés, qui le considèrent comme l'«agent provocateur libéral» dans la nouvelle Commission européenne dirigée par Manuel Barroso, s'attendent à ce qu'il vienne bientôt proposer la privatisation des services publics. Hier à Genève, il n'a pas manqué d'appeler les pays en développement à faire des offres de libéralisation dans le domaine des services. Ce serait selon lui l'une des clés du succès du Cycle de Doha.

L'ancien ministre turbulent de Tony Blair fut contraint à démissionner de son poste de ministre chargé du dossier de l'Irlande du Nord. C'était en 2001. Il avait alors été accusé d'avoir menti sur un dossier lié à l'octroi d'un passeport britannique à un milliardaire indien Srichand Hinduja, impliqué dans un énorme scandale de vente d'armes à l'Inde par la firme suédoise Bofors. Ce dernier avait bien versé un million de livres sterling au Dôme du millénaire dont Peter Mandelson était responsable. Le ministre démissionnaire sera blanchi ultérieurement et réélu député travailliste en juin 2001.

Amitiés américaines

C'était sa deuxième démission ministérielle. En 1998, alors qu'il était ministre de l'Industrie et du commerce dans le premier gouvernement Blair, il avait omis de déclarer au fisc un prêt de 373 000 livres que lui avait accordé un autre ministre, pour acheter une maison. Il avait quitté le gouvernement, pour y revenir quelques mois plus tard en tant que ministre chargé de l'Irlande du Nord.

Dans sa nouvelle vie, Peter Mandelson se profile comme le commissaire qui reconstruira les liens transatlantiques. Proche de Tony Blair, fidèle parmi les fidèles au président George Bush, il ne cache pas son ambition européenne. «Une de mes priorités sera d'éviter tant que possible les conflits entre les Etats-Unis et l'Europe, qui seraient dangereux pour l'économie mondiale. Il n'y a pas d'alliance plus importante pour la sécurité et la prospérité du monde que l'entente entre nous», a-t-il récemment déclaré au Figaro. Et pas plus tard qu'hier, il a affirmé dans Le Monde que «la seule question sur laquelle les Européens se sont divisés à propos de la relation transatlantique, c'est l'Irak. Et c'est un désaccord que nous avons commencé à surmonter.»

Mardi à Genève, Peter Mandelson a quelque peu dévoilé ses batteries à propos du Cycle de Doha. Son objectif est clair: définir de façon précise et chiffrée les points de négociations au plus tard en décembre 2005, puis les conclure le plus rapidement possible. «Des progrès rapides offrant des bénéfices concrets aux pays les plus pauvres sont nécessaires si l'on veut donner un sens à ces négociations, a-t-il insisté. Mais personne ne doit s'attendre à ce que l'Europe fasse des cadeaux. Les résultats doivent être équitables pour tout le monde.»

Le message: l'UE ne fera pas des concessions attendues dans le dossier agricole si les pays en développement n'ouvrent pas leurs marchés aux produits industriels et aux services et s'ils n'admettent pas la demande européenne de renforcer les règles antidumping. «Les négociations ne doivent pas avoir lieu à sens unique et l'UE ne peut pas être le banquier de tout le monde», a-t-il fait comprendre.