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Pour Marie Owens Thomsen, cheffe économiste d’Indosuez Wealth Management, la Suisse et l’Europe sont empêtrés dans une stratégie migratoire de très court-terme qui s’avérera particulièrement onéreuse sur le long-terme. 

Asile

«L’Europe pourrait accueillir sans problème tous les réfugiés syriens»

Alors que les restrictions au droit d’asile se multiplient dans toute l’Europe, des voix s’élèvent pour reconsidérer le potentiel économique des migrants

Actuellement, 67’674 personnes se trouvent dans le processus d’asile en Suisse. Et 21’367 ont obtenu le statut de réfugié, selon les derniers chiffres du Secrétariat d’État aux Migrations (SEM). Plus impressionnant: le dernier bilan du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) fait état de 21,3 millions de personnes ayant dû quitter leur pays en raison de guerres et de persécutions.

Devant l’ampleur des flux, l’Europe a signé en mars dernier un accord controversé avec la Turquie afin de fermer la route orientale. En Hongrie, en Allemagne, en Suisse, des voix s’élèvent pour demander un durcissement du droit d’asile. Or, de plus en plus d’économistes souhaiteraient une revalorisation du potentiel économique des migrants.

Lire aussi:  La Suisse veut intégrer les réfugiés à travers l'agriculture

Un «flux» représentant moins d’un demi-pourcent de la population

C’est le cas de Marie Owens Thomsen, cheffe économiste d’Indosuez Wealth Management. Pour elle, les médias faussent le débat lorsqu’ils évoquent la «plus grande vague migratoire depuis la Seconde guerre mondiale. Il faut resituer le débat. Les 1,9 million de demandes d’asile reçues par les pays de l’Union européenne ne représentent que 0,4% de sa population. L’Europe pourrait accueillir les 4 millions de Syriens, cela ne représenterait que 0,8% de sa population».

Si l’économiste met ces chiffres en balance, c’est pour rappeler que le vieillissement de la population représente un des principaux défis européens. Une tendance menant inexorablement à un ratio population active/retraités de plus en plus insoutenable. En 2060, la pénurie de main-d’œuvre devrait atteindre 19 millions de personnes, selon la Commission européenne.

Les réfugiés cubains en exemple

Un discours également porté par le Fond Monétaire International qui estime que, passé le choc initial, l’afflux de réfugiés pourrait contribuer à hausser le PIB européen de 0,20% en moyenne. «Plus tôt les réfugiés obtiendront un emploi, plus tôt ils pourront contribuer aux finances publiques en payant leurs impôts et contributions sociales», a plaidé sa directrice Christine Lagarde au Forum économique de Davos fin janvier.

Dans les cercles économiques, on évoque parfois la célèbre étude de David Car sur l’exode de Mariel dans les années 80. L’arrivée de 125 000 réfugiés cubains à Miami (hausse de 7% de la main-d’œuvre locale) a résulté en une amélioration du marché du travail. Plus récemment, une étude de Joakim Ruist sur l’impact fiscal des réfugiés en Suède, pays européen avec le plus haut ratio de réfugiés par habitant, a abouti à des conclusions similaires.

Des millions de consommateurs supplémentaires

En outre, même si l’arrivée massive de requérants a entraîné une forte pression sur les finances publiques, aucun des pays hôtes n’est tombé en récession, souligne Marie Owens Thomsen dans son étude «Open the Door and Let’em In». Tant la Jordanie, que la Turquie et le Liban ont tous enregistré des taux de croissance positifs depuis le début de la crise syrienne en 2011.

Selon l’agence de notation S&P, les 2,5 à 3 millions de Syriens qui ont traversé la frontière turque ont dynamisé la consommation privée. La crise syrienne pourrait contribuer à «augmenter le PIB turc de 0,2 à 0,3% par an, y compris en 2016», pour autant que les autorités augmentent le soutien public aux réfugiés dans et hors des camps, estime l’agence américaine.

Un quart de la population réfugiée

Même au Liban, le pays qui accueille un million de réfugiés, soit un quart de sa population, on reconnaît que la présence des réfugiés syriens a eu certains impacts positifs sur l’économie, en particulier pour le patronat et les PME. «Cet afflux de main-d’œuvre a permis de faire diminuer les coûts de production dans la construction et l’agriculture», a concédé, en mai le vice-gouverneur de la Banque du Liban, Raed Charafeddine, lors d’une conférence à l’Institut des Hautes Études Internationales et du Développement. En outre, l’influence sur le taux de chômage et les opportunités pour les nationaux est restée limitée puisque ces derniers se sont détournés de ces secteurs.

Cela n’a pas empêché le vice-gouverneur de plaider pour une meilleure répartition des réfugiés et donc des coûts de la crise syrienne.

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