Première puissance commerciale du monde, l'Union européenne a un besoin vital de flux d'énergie sûrs et à des prix raisonnables. Au premier rang des mesures à prendre pour consolider son approvisionnement figure, pense-t-elle, la «conclusion d'un accord global avec la Russie couvrant tous les produits énergétiques». Echaudé par la crise d'approvisionnement en gaz du début de l'année, Bruxelles ne veut pas attendre le vaste débat sur l'énergie prévu au printemps prochain. Si les chefs d'Etat et de gouvernement donnent leur aval au sommet de juin, les discussions en vue d'un tel accord pourraient commencer en juillet.

Cette proposition figure dans un plan stratégique qui sera soumis aux responsables européens en juin. Rédigé par les services du haut représentant pour la Politique extérieure des Etats, Javier Solana, et ceux de Benita Ferrero-Waldner, commissaire européenne aux Relations extérieures, cette première proposition stratégique veut concentrer la force de frappe diplomatique de l'UE sur l'énergie. La politique de voisinage, l'EEE, le G8, l'OMC, les institutions financières, etc., toutes les enceintes devraient servir de relais aux préoccupations énergétiques de l'Union.

Les négociations avec la Russie - d'où proviennent 24% du gaz et 27% du pétrole européens - ne seront pas aisées. Les Vingt-Cinq sont divisés à l'égard de Moscou, qui défend le monopole de Gazprom. «Il ne suffit pas d'avoir des réserves, il faut pouvoir les exploiter, il faut investir», note un expert européen, qui assure qu'«il y a globalement un intérêt mutuel» à négocier pour les Russes - dont les exportations de gaz vers l'UE représentent 8% du PIB - et les Européens. Bruxelles veut aussi consolider ses liens avec la Norvège (13% de son gaz et 17% de son pétrole) et l'Algérie (10% de son gaz). La Turquie doit devenir «une grande plate-forme de transit» pour l'énergie d'Asie centrale et du Moyen-Orient. Il va falloir l'aider et l'intégrer dans une communauté européenne de l'énergie. L'Ukraine bénéficierait des mêmes attentions.

Deuxième instrument pour assurer le ravitaillement: l'amélioration du fonctionnement des marchés mondiaux. «L'Union pourrait y parvenir, note le texte, en étendant son propre marché de l'énergie à ses voisins pour former une zone réglementaire commune fonctionnant avec des règles consensuelles en matière de commerce, de transit et d'environnement.»

Enfin, Bruxelles veut convaincre les grands acteurs de discuter. Aujourd'hui, «on voit le président chinois qui travers le monde pour signer des accords bilatéraux» - selon un expert européen, Pékin a acheté 80% du pétrole soudanais et toute la production du Gabon pour les cinq ans à venir -, «nous pensons que ce ne sera plus possible à l'avenir», lance un fonctionnaire. L'UE veut un dialogue avec l'Inde, la Chine, les Etats-Unis et le Japon pour éviter une jungle d'accords bilatéraux. Il lui faudra aussi travailler à faire baisser l'appétit des plus gourmands. Bruxelles rappelle que les Etats-Unis brûlent par habitant deux fois plus d'énergie que l'Europe. Quant à la Chine, si elle ne se développe pas avec «une intensité énergétique moindre», on aura une «explosion totale», s'inquiète cet expert.