Technologies financières

L’Europe renforce la position des fintechs face aux banques

La révision de la directive concernant les services de paiement dans le marché européen vient d’être adoptée. Elle vise à donner plus de contrôle aux clients sur leurs comptes bancaires

Le 2 juin 2015, le conseil des ministres européen a présenté sa proposition finale pour la révision de la directive concernant les services de paiement dans le marché intérieur dans l’Union européenne (DSP2). Cette directive a pour but de remplacer la directive précédente (DSP1), datant de 2007 et a été adoptée par le Parlement Européen le 8 octobre dernier.

Un des buts de DSP2 est de donner plus de contrôle aux clients sur leurs comptes bancaires. Tout comme on peut transférer son dossier médical d’un médecin traitant à l’autre et y ajouter des documents (par exemple les résultats d’analyses complémentaires obtenues chez un spécialiste en imagerie médicale), on devrait pouvoir disposer librement de ses informations bancaires et accéder à des services fournis par des tiers sans devoir changer d’établissement.

C’est ainsi que DSP2 prévoit une nouvelle règle concernant l’accès aux comptes en banque par des prestataires-tiers. Pour autant qu’elles y soient autorisées par le détenteur du compte, les banques seront obligées de leur fournir un certain nombre de services. La directive décrit trois types de prestations qui doivent pouvoir être fournies à des tiers sans contrepartie financière et qui ouvrent de nouvelles possibilités pour les «fintechs» européennes: l’information sur la disponibilité des fonds, les prestations d’initiation de paiement et les informations sur le compte.

L’information relative à la disponibilité des fonds permet à un tiers de demander à vérifier les fonds disponibles sur un compte avant de procéder à une transaction. Ce point vise les prestataires-tiers qui font des avances de fonds en vue du paiement d’un produit ou service et couvrent cette avance par l’intermédiaire d’un débit direct (ex. l’Allemand SOFORT Überweisung pour les paiements en ligne). En vérifiant la disponibilité des fonds avant de faire un paiement, le risque de ces prestataires se voit considérablement réduit et cela va contribuer à la popularisation de ce mode de paiement, les frais liés au débit direct étant considérablement moins cher que ceux facturés par les sociétés de cartes de crédit.

Les prestations d’initiation de paiement ensuite permettent au prestataire-tiers de faire des paiements au nom du client et à partir de son compte en banque. Ce paiement doit être traité par la banque aux mêmes conditions et avec la même priorité que s’il avait été initié directement par le client. On vise ici des activités telles que les applications de paiement «peer-to-peer». Cela permettrait aussi théoriquement à des prestataires de paiements mobiles d’intégrer les paiements par cartes de débit à leurs porte-monnaie électroniques sans nécessiter l’autorisation préalable des banques.

Finalement, le troisième point – l’obtention d’informations sur le compte – prévoit que les banques devront livrer un certain nombre d’informations aux tiers à la demande du client. L’étendue de ces informations n’est pas précisée mais devrait par exemple couvrir l’historique des transactions. On peut ainsi s’attendre à voir de nouveaux services se créer, offrant plus de choix et de liberté aux consommateurs. En Angleterre, un service soutenu par le gouvernement britannique, GoCompare, permet d’analyser l’historique des transactions bancaires pour déterminer la banque la plus avantageuse en fonction de sa consommation et de ses besoins (ex. intérêts facturés sur le découvert, nombre de transactions, retraits à l’étranger, offres de fidélité).

Mais c’est la combinaison des éléments ci-dessus qui est à même de créer un vrai bouleversement. En plus d’une simple comparaison, un service pourrait par exemple proposer d’exporter toutes les données d’un compte en banque dans un nouvel établissement, créant un nouveau compte plus avantageux configuré exactement comme auparavant jusqu’à vos ordres permanents. Finalement, cela permettrait à de nouveaux acteurs d’offrir toutes les apparences et les services d’une banque, mais en laissant la gestion des comptes et les aspects administratifs et de compliance à des établissements au bénéfice d’une licence bancaire. Le risque pour ces dernières, faute de fournir des produits innovants, sera de se faire reléguer à l’arrière-plan au simple rôle de fournisseur d’infrastructure.

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