Le Pacte de stabilité a beau être discuté, il n'en continue pas moins d'être appliqué dans la zone euro alors que l'Union européenne vient de réviser fortement à la baisse ses perspectives de croissance. Dans les douze pays de l'Euroland, le taux moyen devrait être «d'à peine» 0,8% en 2002 (contre 1,4% espéré en avril dernier) et ne grimper qu'à 1,8% l'an prochain, au lieu des 2,9% prévus. «L'économie de la zone euro devrait trouver un nouveau souffle d'ici le milieu de 2003», espère toutefois la Commission européenne. Ces prévisions ne tiennent cependant pas compte des conséquences d'une guerre en Irak et d'une flambée consécutive des prix du pétrole.

En vertu de la règle d'or du Pacte qui veut que le ratio des déficits publics par rapport au produit intérieur brut (PIB) ne dépasse pas les 3%, voilà donc, dans ce contexte difficile, la France sur le point d'être avertie et l'Allemagne placée devant la perspective d'une procédure pour déficits excessifs. La Commission en décidera formellement mercredi prochain. Pour le Portugal, le processus est déjà en marche depuis l'été passé et seule l'Italie, parmi les pays jugés dangereusement tangents, échappe encore au blâme de Bruxelles.

L'Allemagne devrait donc afficher, selon les nouvelles prévisions de la Commission, 3,8% de déficits budgétaires par rapport à son PIB en 2002 et ne devrait pas repasser sous la barre des 3% en 2003. Des chiffres «qui justifient, a remarqué avec une pointe de satisfaction le commissaire Pedro Solbes en charge des Affaires économiques et monétaires, la recommandation formulée en février dernier par la Commission». Le collège bruxellois avait en effet adressé alors une «alerte précoce» à Berlin, mais le Conseil des ministres des Quinze n'avait pas jugé bon de la relayer. Néanmoins, le gardien du Pacte de stabilité relève que ces prévisions ne tiennent pas compte des dernières mesures d'économie annoncées ces dernières semaines par le nouveau gouvernement de Gerhard Schröder. Il salue d'ailleurs la volonté allemande – comme celle du Portugal (3,4% de déficit cette année encore) – de réduire les pertes structurelles d'au moins 5% du PIB l'an prochain.

Ajustement conjoncturel plus rapide

La France, elle, n'a pas encore passé la barre fatidique. Mais avec 2,7% de déficit prévu cette année et 2,9% en 2003, elle fait figure de mauvais élève. D'autant que Paris n'a pas pris d'engagements pour répondre à la discipline budgétaire voulue par Bruxelles. L'Italie, qui affiche 2,4% en 2002, devrait cependant limiter ses pertes à l'avenir. Néanmoins, s'inquiète Pedro Solbes – qui pointe également l'endettement préoccupant de l'Etat italien dépassant 110% du PIB –, «la réduction du déficit continue de se fonder dans une large mesure sur des mesures uniques et exceptionnelles».

Pour expliquer le recul des prévisions de croissance – pourtant encourageantes au début de l'année –, Bruxelles note que «si l'économie de l'UE était moins rigide et plus compétitive, permettant de réagir avec plus de souplesse au niveau des prix et des salaires», l'ajustement conjoncturel aurait pu être plus rapide. La Commission craint d'ailleurs que les investissements ne se contractent encore l'année prochaine. Les cinq «sages» allemands, conseillers indépendants du gouvernement, ont appelé hier la Banque centrale européenne à baisser rapidement ses taux d'intérêt afin de «donner une impulsion» aux activités européennes.

Bruxelles relève aussi que la chute des marchés boursiers et surtout les incertitudes géopolitiques mondiales ont pesé et pourraient encore peser sur la croissance. L'Irak en particulier et les conséquences d'une guerre embarrassent les responsables économiques européens. «Quelle sera l'envergure de ce conflit? Quelle sera sa durée?» s'interroge Pedro Solbes qui prévient prudemment: «Je ne voudrais pas élaborer excessivement sur des incertitudes.» La Commission table sur un baril de pétrole à 24 dollars en moyenne en 2003. Seule prédiction hasardée: si le baril devait grimper à 10 dollars de plus, la croissance prévue pour 2003, dans la zone euro, tomberait alors en dessous de 1,4%.