L’Europe s’arrime à une banque d’investissement sous influence chinoise

Asie La Suisse n’a pas encore décidé de sa participation. Les Etats-Unis sont opposés au projet

L’Union européenne (UE) encourage ses membres à rejoindre la Banque asiatique d’infrastructures (BAI) créée l’automne dernier à l’initiative de la Chine. Doté d’un capital de 50 milliards de dollars, le projet recense déjà une vingtaine d’Etats actionnaires. «Cette partie du monde a un cruel manque d’investissements et en même temps, cette banque peut offrir des opportunités à nos entreprises», a déclaré mardi Mina Andreeva, porte-parole de la Commission.

Si la création de la BAI se fait autant parler d’elle, c’est qu’elle représente une concurrence directe aux activités de la Banque mondiale (BM) et de la Banque asiatique de développement (BAD) dans la région. C’est en tout cas le point de vue des Etats-Unis qui font tout pour dissuader leurs partenaires traditionnels d’en faire partie. Lorsque le Royaume-Uni a décidé d’entrer dans son capital début mars, Washington a immédiatement réprimandé Londres, lui reprochant son «accommodement constant» avec le régime chinois. Le premier ministre britannique David Cameron a en effet décidé de ne plus rencontrer le Dalaï-Lama, histoire de ne pas offusquer Pékin.

Pas de participation du Japon

Désormais, trois autres Etats européens – Allemagne, France et Italie – s’apprêtent à rejoindre la BAI, au grand dam des Etats-Unis. Deux autres alliés américains du Pacifique, l’Australie et la Corée du Sud, qui avaient décidé de boycotter la banque chinoise, viennent de dire qu’ils reverraient leur position. Dans la région, seul le Japon reste récalcitrant. Il est le premier actionnaire de la BAD (15,7%), devant les Etats-Unis (15,6%), contre 5,5% pour la Chine. Washington et Tokyo craignent qu’à travers la BAI, la Chine, avec 49% de son capital, n’étende sa sphère d’influence en Asie-Pacifique. Officiellement, les Etats-Unis souhaitent que ses alliés restent à l’écart de la banque, mais veille à ce qu’elle respecte les normes strictes et sévères en matière de financement de grands projets.

Actionnaire de la BAD depuis 1967, avec un siège de directeur, la Suisse n’a pas encore décidé de sa participation à la BAI. «A ce stade, nous ne pouvons pas prendre position», a répondu un porte-parole du Secrétariat d’Etat à l’économie à Berne. La question sera tranchée par le Conseil fédéral.

La BAI n’est pas la première initiative chinoise voulant rivaliser les institutions financières traditionnelles. Basée à Shanghai, la Nouvelle banque de développement, plus connu comme la BRICS Bank, se veut une alternative à la Banque mondiale pour des prêts à long terme. En gestation, la Banque de développement de l’Organisation de coopération de Shanghai concerne l’Asie centrale.