En hausse pour la quatrième semaine consécutive, l'euro a touché vendredi matin 1,3637 dollar, avant de se replier à 1,3602 dans la soirée. Les cambistes estiment qu'il ne faudra plus que quelques jours à la monnaie unique pour dépasser son record historique de 1,3660 du 30 décembre 2004.

Les autorités européennes, qui se sont jusque-là distinguées par la parcimonie de leurs commentaires, ont minimisé la portée de cette appréciation. «L'euro ne s'est pas apprécié d'une façon brutale mais d'une façon lente», a estimé Jean-Claude Junker, ministre des Finances du Luxembourg et président de l'Eurogroupe. Il n'y a pas de raison d'être «excessivement préoccupé», selon lui. Les ministres des Finances de la zone euro se réunissaient en fin de semaine à Berlin pour évoquer entre autres leur situation budgétaire.

Pour l'heure, il n'y a guère que la France à s'émouvoir de la perte de compétitivité que ferait peser la cherté de l'euro sur ses exportations. D'ailleurs, le week-end passé à Washington, les inquiétudes de Thierry Breton, son ministre des Finances, n'avaient pas rencontré d'écho auprès de ses homologues du Groupe des sept. Il faut dire qu'«en un an, le déficit commercial de la zone euro a diminué de moitié, à 7 milliards en février, alors que le taux de change effectif de l'euro progressait de 5%», soulignaient vendredi les économistes de BNP Paribas.

«Une volatilité excessive et des mouvements désordonnés sont indésirables», a toutefois estimé vendredi à Berlin Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE). Il a aussi mis en garde les intervenants sur le marché des changes «contre les paris à sens unique».

Il n'en reste pas moins que le relèvement régulier des prévisions de croissance en Europe, alors que l'amollissement conjoncturel aux Etats-Unis a relégué les préoccupations inflationnistes à l'arrière-plan, plaide en faveur d'un euro durablement fort. D'après Citigroup, la croissance de l'Allemagne en 2007 (2,4% pour les cinq principaux instituts du pays) pourrait même dépasser celle des Etats-Unis en 2007, pour la deuxième fois seulement depuis le début des années 1990.

Dans ce contexte, les économistes ne voient pas la BCE infléchir sa politique. Le marché des «futures» évalue dorénavant son principal taux directeur à 4,25% à la fin de l'année contre 3,75% actuellement, avec une première hausse probable de 0,25% en juin. La parité de l'euro pourrait s'approcher de 1,40 dollar d'ici la fin de l'été, estime BNP Paribas.