Réunis dans les bâtiments du Conseil européen ce soir vers 17 heures, les chefs d’Etat de l’Union tenteront de s’accorder sur un plan d’aide à la Grèce. Cette rencontre pourrait être suivie en soirée d’une réunion des seuls dirigeants des Etats de la zone euro, si les discussions progressent suffisamment. Le compromis se dessinant depuis mercredi est celui d’un mécanisme de soutien combinant à la fois le Fonds monétaire international et l’Union européenne; le chiffre d’une enveloppe d’au moins 22 milliards d’euros commençant à circuler.

Au-delà de ce plan grec, la chancelière allemande Angela Merkel a ajouté ce matin vouloir s’engager «avec force» pour une modification des traités européens. Une remarque qui souligne combien les dirigeants réunis tentent de s’entendre sur des mécanismes plus larges de gestion des crises au sein de la zone euro.

Ce projet plus vaste n’est pas uniquement imposé par la volonté de ne pas faire de cette rencontre un sommet «grec», compte tenu de l’opposition farouche de Berlin à tout sauvetage de la république hellénique. La rencontre vise également à s’entendre sur des mécanismes immédiatement applicables si la crise budgétaire en Grèce – qui ne pèse que 3% de l’économie de la zone – venait à déteindre sur d’autres pays fragilisés, Portugal et Espagne en tête. Cette solution «anti-contagion» se pose avec d’autant plus d’acuité que la valeur de la monnaie unique restait ce matin sous les 1,34 dollar, après avoir touché mercredi son plus bas depuis près d’un an. De son côté, l’agence de notation financière Fitch a revu à la baisse hier son évaluation de la capacité du Portugal à rembourser ses dettes.

«Ajuster» le traité de Lisbonne

Directeur de l’Institut de recherche européen Bruegel, Jean Pisani-Ferry rappelle qu’il n’y a pas nécessairement «besoin de faire le grand saut en avant» en terme d’intégration européenne pour mettre en place les premiers mécanismes de ce type. De toute façon, les conditions politiques ne se prêtent guère au lancement des grands chantiers évoqués ces dernières semaines: Fond monétaire européen, concertation des politiques budgétaires des Etats membres… «L’agenda de l’Union monétaire consiste simplement à faire appliquer les règles en vigueur», recadre le responsable du «think tank» bruxellois.

Dans une note, ce dernier rappelle que les ajustements à apporter au traité de Lisbonne – le guide de fonctionnement de l’Union européenne – resteraient limités. Nul besoin, à l’en croire, de toucher au sacro-saint article 125 interdisant qu’un État membre – ou Bruxelles – prenne à sa charge les dettes d’un homologue. Ce principe de «non-endossement des responsabilités» d’un pays en difficulté reste un «pilier essentiel de l’euro» et avait été requis par l’Allemagne avant son adhésion à l’euro.

Mais «non coresponsabilité» ne signifie pas «non-assistance», rappelle Jean Pisani-Ferry qui propose une modification de l’article 143, présenté – à tort selon lui – comme celui bloquant toute assistance à la Grèce.

Cet article n’empêche en effet pas le déblocage de prêts pour les pays de l’Union en partenariat avec le FMI; une aide dont la Roumanie, la Hongrie et le Lettonie ont profité il y a un an. Il l’interdit en revanche pour les pays utilisant l’euro. Une exception que Jean Pisani-Ferry suggère d’abandonner, afin de pouvoir mettre en place des aides similaires.

Selon ce dernier, il faudra ensuite «définir un cadre régissant l’intervention conjointe de l’Union européenne et du FMI». L’assistance financière apportée par le FMI repose en effet sur des procédures et des conditions imposées aux pays qui en bénéficient, dont «certaines devront être harmonisées avec les règles en vigueur dans la zone euro».