Bracken Darrell n’est pas un fan de Las Vegas. « Je n’aime pas parier», annonce le directeur de Logitech. «Je passe assez de temps à prendre des risques calculés au bureau» ajoute-t-il dans un sourire. Mais le patron américain du spécialiste suisse de l’informatique adore le Consumer Electronic Show (CES). «Je peux y voir un éventail d’acteurs tellement large sur une période tellement courte. Aucun autre endroit au monde ne permet cela.»

Logitech fait partie des porte-drapeaux helvétiques à Las Vegas. Pendant trois jours, de 7 heures à 23 heures, Bracken Darrell enchaîne les entretiens. Il ne sort quasiment jamais du salon loué par la multinationale vaudoise au Venetian, l’un des hôtels géants les plus luxueux du Strip, l’artère principale de Las Vegas. A distance raisonnable du hall d’exposition et de ses milliers de stands.

Accès en avant-première

«Un stand, c’est parfait pour des entreprises qui développent leur marque», justifie le dirigeant. «En ce qui nous concerne, les gens savent que nous existons. Ce que nous essayons de faire, c’est plutôt de nouer des partenariats avec ceux qui nous aideront à convaincre les consommateurs» Avec par exemple un accès en avant-première aux nouveautés de la marque. 

Insightness n’a pas la notoriété de Logitech. Loin de là. Présent à Las Vegas pour la deuxième fois, son fondateur Christian Bundli, a lui aussi choisi de louer une suite. Insightness, basé à Zurich, développe des caméras aux pixels «intelligents» capables de produire moins de données et d’utiliser moins d’énergie. Les drones sont une application potentielle.

Se faire repérer

«On a installé une démonstration de notre produit dans la suite. Ne pas avoir de stand coûte moins cher et en plus, on peut concentrer son attention sur les personnes qui comptent vraiment», précise Christian Bundli. «On cherche à vendre notre kit d’évaluation. Surtout, on veut être sûr que les acteurs majeurs du secteur nous repèrent», avance-t-il. «Beaucoup de ces relations se construisent étape par étape et le CES est l’opportunité parfaite pour un premier contact».

Un premier contact, c’est justement ce que recherche Bastjan Prenaj. Ce jeune entrepreneur a fait le déplacement tout seul dans le Nevada, aidé par SwissNex San Francisco, un organisme de soutien à l’innovation. Pour son premier CES, il a multiplié les entretiens aux quatre coins dans Las Vegas. «Cela fait beaucoup de marche», plaisante-t-il.

Leçon de géographie

Bastjan Prenaj espère séduire avec EyeWare, une start-up valaisanne spécialisée dans le suive de l'oeil. L’objectif est d’améliorer l’interaction humain-machine en permettant à la machine d’identifier ce qu’il y a devant elle, même dans des conditions difficiles. «L’eye tracking n’a pas forcément été le sujet le plus discuté jusqu’ici», analyse Bastjan Prenaj. «Mais de nombreuses sociétés commencent à voir son potentiel, avec des acquisitions récentes dans l’univers de la réalité augmentée et de la réalité virtuelle».

Lors de ces rencontres, les entrepreneurs helvétiques doivent parfois se lancer dans une leçon de géographie. «L’Américain moyen a une image stéréotypée de la Suisse quand il ne la confond pas avec la Suède», s’amuse Christian Bundli. «Il n’a pas vraiment d’avis sur la tech helvétique. Les Américains plus éduqués ont en revanche un grand respect pour la qualité de la recherche en Suisse». «Je crois qu’ici, la Suisse est respectée pour la qualité de ses ingénieurs», confirme Bastjan Prenaj.

Concept-car électrique

Une invention suisse fait d’ailleurs partie des plus commentées du salon: Oasis. Ce concept-car électrique lancé par le constructeur zurichois Rinspeed a beaucoup intrigué. L’engin peut tourner sur lui-même, passer en mode conduite autonome et rouler jusqu’à 100 kilomètres sans recharge. Sans parler de son…jardin sous le pare-brise pour occuper le conducteur quand il lâche le volant. Avec son autonomie de 100 kilomètres, il dispose d’un petit jardin dont les passagers peuvent s’occuper puisqu’ils n’ont plus besoin de conduire.