L'année 2004 a été particulièrement bonne pour les vignobles aux quatre coins du monde. Résultat, la production de vin a atteint son plus haut niveau depuis 1992 alors même que la surface cultivée a diminué de 400 millions d'hectares depuis cette date. Les spécialistes s'attendent à une production mondiale d'environ 286 millions d'hectolitres (mhl), soit une progression de 9% ou d'environ 25 mhl par rapport à 2003.

Cette hausse ne présage rien de bon pour l'industrie vinicole. D'autant plus que la consommation de vin ne suit pas le même rythme, notamment à cause des changements d'habitudes de consommation et des lois de plus en plus sévères contre l'alcoolisme. En tenant compte du fait que le vin devient petit à petit à la mode en Chine, la consommation pour 2004 est estimée à 230 mhl, à peine supérieure au niveau de 1996. Pour 2004, l'écart entre la production et la consommation est de 57 mhl, soit le plus important observé depuis les années 90.

Les conséquences de ce surplus varient de pays en pays. Elles sont catastrophiques pour les viticulteurs européens, en particulier français. Sur une production totale de 59 mhl, les stocks excédentaires sont estimés à 2 mhl, dont la moitié est du vin bordelais. La semaine dernière, plusieurs centaines de vignerons sont descendus dans la rue pour exhorter Paris à intervenir. Il faut dire que les producteurs français font face à une concurrence nouvelle, rude et grandissante de la part des vins du Nouveau Monde, sur le plan intérieur, mais surtout sur les marchés d'exportation. «Nos concurrents ne produisent pas le vin dans les mêmes conditions sociales et environnementales, ce qui explique leurs bas prix», déplore Eva Corral, porte-parole du Comité des organisations professionnelles agricoles de l'Union européenne (COPA) et de la Confédération générale des coopératives agricoles de l'Union européenne (COGECA). Elle rappelle qu'en Europe, il y a surtout de petites exploitations familiales alors que les autres pays pratiquent la production industrielle.

Réduire les surfaces

Pour enrayer le surplus, les viticulteurs européens demandent, outre une compensation financière, une autorisation exceptionnelle de distillation de crise, c'est-à-dire le droit de vinifier une plus grande quantité que prévu. D'autres solutions sont mentionnées: distiller le surplus de vin de table en brandy ou encore le transformer en carburant. Les viticulteurs français voient plus loin et réclament un droit d'arrachage de 10 000 hectares dans le Bordelais, sur les 120 000 actuellement cultivés.

Le problème d'excédents risque de se poser de nouveau ces prochaines années. La superficie des vignobles, notamment en Europe, n'est pas vraiment prête à baisser. Les nouveaux membres de l'Union (Hongrie, Tchéquie) sont en train de rénover leur viticulture délaissée pendant des années. Dans certains pays de l'ex-URSS, comme la Géorgie, l'Ukraine et l'Ouzbékistan, on note également un redémarrage du secteur.

Autre producteur touché de plein fouet par les excédents, l'Australie. Sixième producteur mondial de vin et quatrième exportateur, ce pays compte 1465 entreprises de vinification, mais une vingtaine d'entre elles concentrent 94% de la production. En 2003, elles ont exporté 525 millions de litres pour une valeur de 1,4 milliard d'euros, en hausse de 12% par rapport à 2002. Selon une étude réalisée par Citigroup, l'excédent de vin de la récolte 2004 pourrait atteindre 1,9 mhl alors que les exportations sont pénalisées, d'une part par la baisse de la consommation et, d'autre part, par un dollar australien trop cher.

Aux Amériques, les spécialistes notent une stabilisation de la production, voire une baisse en 2004, notamment au Chili. Contrairement à la tendance générale, la consommation américaine est en hausse. Les Etats-Unis pourraient même détrôner la France comme premier pays consommateur de vin en 2008.