Le contexte actuel n'est plus celui de la promotion sociale généralisée pour les hommes. Les conséquences peuvent en être douloureuses. Depuis que l'étude genevoise a été menée (lire ci-dessus), la situation économique a considérablement changé avec la crise. Le chômage a littéralement explosé par rapport à son niveau des années quatre-vingt, pour ne citer que cet exemple. Alors, quelles peuvent en être les conséquences sur la santé

des salariés?

«Le chômage est à la fois devenu plus banal et plus tragique, remarque Maryvonne Gognalons-Nicolet, psychosociologue aux Hôpitaux universitaires de Genève. Il s'est banalisé parce qu'il a touché de nombreuses personnes. Mais pour les actifs âgés dès la cinquantaine, il peut prendre des formes perverses. Soit on les licencie et beaucoup parmi eux deviendront des chômeurs de longue durée, puis des fins de droit qui tomberont, suivant les cantons, à l'assistance sociale. Et imaginez ce que cela signifie pour l'identité professionnelle d'un homme de 50 ou 55 ans que de se retrouver à l'assistance sociale. Quel bilan professionnel peut-il tirer? Soit on les met à la retraite anticipée, ce qui peut être une façon honorable de sortir du marché du travail, à condition de l'avoir choisi et de disposer d'une caisse de pension avec de bonnes prestations. Mais est-ce le cas pour tout le monde? La retraite anticipée est devenue un instrument de la politique de l'emploi, et non pas d'une politique pour l'entrée progressive à la retraite.»

Pour Maryvonne Gognalons-Nicolet, le problème des travailleurs âgés qui se font éjecter du marché du travail représente un enjeu majeur de ces prochaines années. Comme dans les autres pays européens, on observe en Suisse une exclusion de plus en plus précoce de la vie active. Et malgré ce phénomène, la tendance est paradoxalement au relèvement de l'âge de la retraite.