Genève 

Pour l’ex-directeur de la Fondetec, «rien ne justifiait un arrêt aussi brutal»

Jérôme Favoulet a dirigé l’incubateur de la Ville de Genève pendant dix ans. Son conseil de fondation l’a licencié la semaine dernière. L’ex-directeur présente sa version des faits

Jérôme Favoulet n’est plus le directeur de la Fondetec. Le conseil de fondation de cet incubateur d’entreprises financé par la Ville de Genève le lui a signifié jeudi dernier. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a pas digéré cette décision.

«Rien ne justifiait un arrêt aussi brutal», affirme Jérôme Favoulet. A 44 ans, il était à la tête de cette fondation de droit public depuis février 2007. «Sa direction avisée et compétente a permis à la Fondetec de connaître un développement remarquable», assure le rapport annuel de 2016, année où la Ville a recapitalisé la Fondetec à hauteur de 25 millions de francs sur 10 ans.

«Le licenciement de mon client s’est fait dans un contexte critiquable en regard du droit du travail, lance son avocat, Me Flavien Valloggia. Le choix de mettre cette décision sur la place publique au mépris de sa réputation menace son avenir professionnel.»

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Climat de suspicion

Deux audits, qui restent confidentiels, ont semble-t-il provoqué sa chute. Le premier a été mené en juin par des représentants du Service du contrôle financier de la Ville de Genève. «Les auditeurs ont créé un climat de suspicion, se souvient Jérôme Favoulet. Les employés [six personnes, ndlr] devaient leur transmettre des documents sans m’en parler. J’étais isolé.»

Fin juin, le directeur reçoit une lettre du Département des finances de la Ville. Il doit justifier une série de dépenses, dont l’achat d’un tableau pour les murs de la fondation et un voyage à Paris. «Les auditeurs auraient pu vérifier ces points en posant des questions à mon client», proteste Me Valloggia.

Jérôme Favoulet répond dans une lettre détaillée, affirme-t-il. «Si, après dix ans de direction, le seul élément que l’on relève est un voyage professionnel à Paris avec une délégation économique genevoise pour 636 francs, alors j’en suis assez fier! Cela signifie que l’on n’a rien à me reprocher.»

Suite au courrier de la Ville, un message parvient au directeur, avec copie à son équipe, lui demandant de ne s’occuper désormais que des affaires courantes. «Tout s’écroulait autour de moi. Les collaborateurs ont compris que je n’étais plus soutenu», dit Jérôme Favoulet.

«Pas de détails sur la décision»

A la rentrée de septembre, un second audit, portant sur les ressources humaines, a été lancé par le conseil de fondation, où siègent neuf membres des partis élus en Ville. «Le premier avait fait remonter suffisamment de choses pour nous décider à les creuser», explique Anne-Marie Gisler, présidente PLR du conseil.

Comme convenu dès le départ, assure-t-elle, un résumé oral de ces documents confidentiels a été fait à l’ex-directeur, qui n’y a pas eu accès. «Le conseil n’entend pas détailler les éléments qui ont mené à la décision de licenciement. C’est un processus qui s’est déroulé sur plusieurs mois. De notre point de vue, Jérôme Favoulet n’a pas pris la mesure de la situation et des éléments qu’on lui a reprochés.»

Jeudi dernier, le conseil a offert à son directeur la possibilité de démissionner. Il a refusé et a été licencié, même s’il reste salarié jusqu’au 28 février. D’ici là, Jérôme Favoulet se réserve le droit de contester son licenciement.

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