«Contrairement à la thèse économique dominante, l’emploi n’est pas un sous-produit de la croissance mais se situe au centre du mécanisme de développement d’un pays.» Martin Rama, directeur de publication du dernier rapport de développement de la Banque mondiale, a présenté jeudi à Berne, quelques idées tirées de ce document de 400 pages.

Sur la base de son expérience sur le terrain et d’enquêtes ciblées, la Banque mondiale dresse un large portrait de la situation de l’emploi dans le monde, au sens large puisque le rapport inclut les aspects sociaux, la place des femmes, ou le lien entre la structure du marché du travail et le niveau de pauvreté. Le poids du secteur informel, même s’il ne fait pas l’objet d’une étude particulière, n’est pas non plus ignoré.

«Il n’y a pas de solution miracle pour créer des emplois car chaque pays se situe dans un contexte différent. Mais il est évident que la manière dont se créent les emplois, par exemple en ciblant la lutte contre le chômage des jeunes ou la promotion de l’égalité des chances, détermine la qualité de la croissance économique», explique Martin Rama. Le rapport, cofinancé par le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), a fait l’objet jeudi d’un débat auquel ont notamment participé Hans Jöhr, représentant du secteur agricole chez Nestlé, et Danielle Meuwly, en charge du programme suisse du Seco en Tunisie. L’exemple du Vietnam a souvent été cité comme modèle de développement par la création d’emplois. «Le Vietnam est très rapidement devenu un pays exportateur de denrées agricoles, relève Hans Jöhr. C’est à mon avis dû au bon niveau scolaire de base des paysans qui ont été capables de changer leur manière de produire le cacao ou le café.» Le rapport de la Banque mondiale note que cet accroissement de la productivité, basé sur une réforme agraire et une économie de marché à orientation socialiste au début des années 1990, a libéré de la main-d’œuvre agricole soudain à disposition d’autres secteurs, ce qui a favorisé la migration vers les villes et le développement économique.

Alors qu’en 1993 l’agriculture concentrait 70% des emplois (54% en 2010) et que 58% de la population était pauvre (17% en 2010), le pays est aujourd’hui le deuxième exportateur mondial de riz et de café et attire les investisseurs étrangers.

Le cas de la Tunisie

Le cas de la Tunisie, après le Printemps arabe, a aussi été évoqué. «Le problème n’est pas la faiblesse du marché mais la quasi-impossibilité pour les petits entrepreneurs de trouver un financement bancaire», explique Danielle Meuwly. Ce blocage est d’ailleurs placé en tête de liste par les PME des pays en développement (voir graphique).