C’est un exemple local et d’apparence anodine. Mardi, Uber lançait son service de livraison de plats Eats à Lausanne, cinq mois après ses débuts à Genève. Le lendemain, son concurrent local, Smood, annonçait une baisse de 30% de ses tarifs pour se rapprocher de ceux de la multinationale. En Suisse, en Europe et sur la planète entière, Uber continue d’imposer sa loi sur les marchés qu’il attaque.

C’est ainsi une firme aux ambitions démultipliées qui va entrer en bourse début mai, visant une valorisation de 100 milliards de dollars. La société américaine a dévoilé dans la nuit de jeudi à vendredi un document de 285 pages pour préparer sa cotation. L’occasion de mesurer la taille et surtout l’appétit d’une entreprise fondée il y a pile dix ans à San Francisco.

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Le poids d’Eats

A lui seul, Eats a déjà représenté 13% du chiffre d’affaires global à 1,46 milliard de dollars en 2018, et même 18% au quatrième trimestre. La multinationale parvient ainsi à accélérer sa diversification. Additionnés, la location de vélos, de scooters et le transport de fret représentent pour l’heure moins de 1% du chiffre d’affaires global, mais ils sont appelés à grandir. Uber Freights – le transport de marchandises – a rapporté 125 millions de dollars à la société lors du dernier trimestre et en mars, la multinationale annonçait son intention de lancer bientôt ce service en Europe. La société compte aussi beaucoup sur des clients multiservices: selon les documents publiés, les clients qui utilisent ses services de transports et se font livrer des plats se déplacent davantage avec Uber que les autres.

La société dirigée par Dara Khosrowshahi prépare le futur: elle annonce que 1000 employés travaillent sur les projets de taxis autonomes. Actuellement, 250 véhicules sont en test. La société est cependant sensiblement moins avancée que Waymo, filiale d’Uber, sur ce marché. Et ses projets encore plus futuristes de taxis-drones ne devraient pas se concrétiser avant plusieurs années, même si l’entreprise avait dévoilé un prototype de taxi volant avec Bell Helicopter en janvier à Las Vegas.

Clients en hausse

Sur le marché du transport de personnes, Uber compte 91 millions de clients mensuels. C’est un chiffre en croissance de 33,8% entre 2017 et 2018, mais une croissance qui s’essouffle par rapport à 2016 (51%). Il n’empêche, présent dans 700 villes de 65 pays, Uber a encore de la marge pour son expansion. Il domine 65% du marché en Amérique du Nord, en Europe, dans la majorité des pays d’Amérique latine, en Australie et en Nouvelle-Zélande et au moins 50% en Inde, au Moyen-Orient et en Afrique. En Russie, en Chine et en Asie du Sud-Est, il fait face à une concurrence plus rude. Et lorsqu’il le faut, la société rachète des concurrents, comme l’a démontré l’acquisition fin mars de Careem pour 3,1 milliards de dollars pour s’étendre au Moyen-Orient.

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Uber détient encore 6,4 milliards de cash et projette de lever jusqu’à 10 milliards lors de son entrée en bourse pour financer son expansion. Quid des profits? «Nous n’hésiterons pas à faire des sacrifices financiers à court terme lorsque nous constatons des avantages évidents à long terme», a écrit Dara Khosrowshahi dans sa lettre aux investisseurs. La société a affiché une perte opérationnelle de 3 milliards de dollars en 2018 pour un chiffre d’affaires de 11 milliards (+42% sur un an) et a averti que ses dépenses d’exploitation vont «augmenter significativement dans un avenir prévisible».

Lyft en recul

Impossible donc de dire quand Uber sera dans les chiffres noirs. Lyft, son principal concurrent aux Etats-Unis, est aussi dans le rouge. Coté pour la première fois fin mars, il a vu son action chuter depuis de 15% par rapport à son prix d’introduction.


Uber fait un pas en direction des chauffeurs romands

L'entité romande de la plateforme de réservation de voitures avec chauffeur Uber dévoilait vendredi des changements dans son modèle de tarification. Elle entend répondre à des revendications récurrentes parmi ses quelque 1000 à 1500 chauffeurs à Genève et Lausanne. «Au cours d'échanges avec plus de 200 chauffeurs, nous avons pu identifier des points de friction, qui déboucheront sur des actions concrètes dès lundi», a déclaré à Carouge le directeur d'UberRomandie Alexandre Molla. Parmi les mesures figure l'augmentation du prix minimum d'une course, fixé jusqu'à présent à 6 francs. Il passe à 8 francs en centre-ville et à 12 francs en banlieue (où la durée d'approche du chauffeur est plus longue).

Uber veut aussi davantage prendre en compte le temps, souvent important, perdu dans les bouchons, à Genève en particulier. La nouvelle tarification accorde désormais une pondération un peu plus forte à la durée de la course par rapport au kilométrage. Au final, il peut en résulter une légère hausse du prix, mais pas systématiquement. «Rouler le soir (quand les routes sont dégagées) pourra coûter moins cher», a dit Alexandre Molla.

Uber met aussi en place un comité d'appel auquel les chauffeurs peuvent recourir quand ils s'estiment lésés, par exemple lors d'un conflit avec un passager. Il pouvait arriver qu'Uber désactive le compte des chauffeurs mis en cause, sans que ceux-ci puissent faire valoir leur version des faits. Ils le pourront désormais via ce comité d'appel, composé de chauffeurs expérimentés.

Pour les passagers, Uber introduit un tarif précis. L'usager connaîtra à l'avance le prix exact de la course, avant de la valider. Fini les fourchettes de prix.

En 2018, Uber comptait quelque 300'000 utilisateurs réguliers de sa plateforme en Suisse. L'entreprise y est présente à Genève, Lausanne, Zurich et Bâle. (ATS)