santé

L’expédition de Sarah Marquis permet d’affûter les outils de télémédecine

Le CSEM à Neuchâtel a développé un appareil permettant de mesurer les fréquences cardiaques et le taux de saturation d’oxygène dans le sang de l’aventurière. Un autre outil vise à obtenir la masse liquide dans le corps

Au mois de juin, Sarah Marquis partira du sud de la Sibérie pour arriver environ deux ans plus tard au sud de l’Australie. L’aventurière prévoit de parcourir 20 000 kilomètres à pied tout en transportant une charge de 30 kilos sur le dos. Elle affrontera, seule, le froid sibérien, le désert de Gobi, les sommets tibétains, les tigres du Laos ou la jungle de Bornéo. «Pour manger, je pêcherai des poissons», a expliqué jeudi dernier, à Lausanne, cette Jurassienne de 37 ans, souriante et déterminée. Elle utilisera sa fronde ou sa sarbacane pour immobiliser serpents, lézards et oiseaux.

Très proche de la nature, le périple n’en sera pas moins à la pointe de la technologie. L’état de santé de Sarah Marquis sera suivi en direct, via écran d’ordinateur, par Claudio Sartori, médecin interne au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et spécialiste des effets de l’altitude sur le système cardio-vasculaire et respiratoire. Un appareil a tout spécialement été développé par le Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) à Neuchâtel pour mesurer les fréquences cardiaques et le taux de saturation du sang en oxygène de l’aventurière. «Nous avons développé un appareil qui se place au niveau du front ou de l’oreille», explique Rolf Vetter, ingénieur au CSEM. Les données, seront transmises, via téléphone satellite, jusqu’au CHUV, qui pourra donner des conseils à Sarah Marquis.

Concrètement, une LED envoie de la lumière infrarouge à travers les tissus. Un senseur récupère cette lumière qui est atténuée en fonction de la quantité de sang pulsée dans les tissus. Une mesure d’accélération soustrait les perturbations liées aux mouvements du corps. Pour mesurer le taux de saturation du sang en oxygène, une deuxième longueur d’onde, rouge cette fois, est envoyée par le même appareil. Une carte électronique, insérée dans le téléphone portable de Sarah Marquis, permet d’amplifier les signaux lumineux et de les transformer en signaux numériques. «Il s’agit de la même technologie que celle utilisée pour équiper les astronautes de l’Agence spatiale européenne en mission sur Mars», explique Rolf Vetter. La spécificité du système réside essentiellement dans sa miniaturisation, sa robustesse et sa légèreté. Le CSEM compte bientôt mettre ce type d’appareil sur le marché, qui pourrait remplacer les traditionnels cardiofréquencemètres, des ceintures élastiques dotées de capteurs qu’il faut placer sur le thorax. Elles sont perçues comme peu confortables. «La fréquence cardiaque permet de juger de l’état de santé ou de fatigue de Sarah Marquis», explique Claudio Sartori. Pour le CHUV, ces données permettront d’analyser la manière dont l’organisme réagit aux conditions ambiantes et de les confronter aux sensations de faim, de froid, de fatigue ou aux effets de l’altitude sur Sarah Marquis. Sachant que l’aventurière passera par un sommet à 6990 mètres d’altitude, la mesure du taux de saturation du sang en oxygène permettra de déceler comment son corps s’adapte à l’altitude. «A 4500 mètres d’altitude, 10% de la population lausannoise a déjà un haut risque de développer une maladie potentiellement mortelle», note Claudio Sartori. A terme, l’idée serait d’étendre cette technologie aux sportifs ou à la télémédecine de manière générale. Certains patients, présentant des problèmes cardiaques, pourront être reliés à l’ordinateur de leur médecin, via une oreillette, tout en continuant de vivre normalement.

Le CSEM planche désormais sur un appareil permettant de mesurer la masse liquide dans le corps. Version miniaturisée de la balance à électrode, l’outil donnera des indications sur le risque de déshydratation. Il ne sera pas prêt pour le début de l’expédition mais pourrait rejoindre Sarah Marquis en cours de route, lors d’un des six points de ravitaillement. «Je bois généralement trois litres d’eau par jour alors qu’il m’en faudrait six», explique Sarah Marquis qui utilise un filtre à eau. Dans les zones désertiques, elle fait appel aux techniques de condensation de l’armée américaine. A l’aide de sacs plastique, elle enrobe les buissons et les laisse «transpirer» durant la journée ou creuse des trous dans le sol qu’elle recouvre d’une bâche pour en récolter le lendemain quelques gouttes…

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