Difficile aujourd'hui pour les internautes suisses de subir les spots publicitaires diffusés sur les chaînes de télévision françaises. Les offres des fournisseurs d'accès à Internet de l'Hexagone n'ont en effet rien à voir avec ce proposent actuellement Bluewin, Sunrise ou VTX. Ainsi, pour 29,99 euros par mois (46,50 francs), Free offre un débit Internet de 6 Mbit/s, de la téléphonie illimitée en France, mais aussi 100 chaînes de télévision gratuites. Pour un prix équivalent, soit 49 francs, les internautes suisses n'ont droit qu'à une connexion ADSL de 600 kbit/s, dix fois moins rapide que celle de Free. En discussion dès mercredi au Conseil national, l'ouverture du dernier kilomètre (dégroupage) est réalité depuis plusieurs mois en France. Si elle profite nettement aux internautes, elle crée aussi de fortes disparités sur le territoire de l'Hexagone.

Services annexes payants

Démarrée en été 2003, l'ouverture du dernier kilomètre a jusqu'à présent permis de dégrouper plus de 730 000 lignes, dont 717 000 de façon partielle et 13 000 de façon totale. Quelle est la différence? Lors d'un dégroupage partiel, un opérateur alternatif, tel Free ou Neuf Télécom, loue une ligne à France Télécom pour y faire transiter des données (Internet et TV), au débit qu'il désire. Le dégroupage est total lorsque communications vocales et transmission de données sont entièrement prises en charge par l'opérateur alternatif – le consommateur se passe ainsi totalement de France Télécom.

Imposé par la loi à l'opérateur historique, le dégroupage a incité plusieurs opérateurs (Free, Neuf Telecom, Telecom Italia) à lancer des offres extrêmement agressives, combinant Internet, téléphonie et télévision. France Télécom a beau tenter de répliquer, le coup est difficile à encaisser: sa filiale Web, Wanadoo, détient aujourd'hui moins de 50% du marché de l'Internet à haut débit.

Ces offres très intéressantes pour les particuliers, les opérateurs alternatifs peuvent les proposer sans tirer le moindre câble, mais en installant des «aiguilleurs téléphoniques» auprès des centraux de France Télécom. Pour chaque ligne, ils doivent lui verser chaque mois 10,50 euros (hors taxes) soit l'équivalent de l'abonnement payé par les particuliers. Or ni Free ni Neuf Telecom ne répercutent cette taxe sur leurs clients. Dès lors, comment peuvent-ils gagner de l'argent avec des tarifs aussi bas? D'abord en proposant des services annexes payants – tels des bouquets de chaînes TV –, mais aussi en faisant transiter une partie toujours plus importante des communications vocales via Internet (Voice over IP).

Disparités régionales

Les internautes bénéficiaires de ces offres ont beau se montrer satisfaits des prestations de leurs fournisseurs d'accès, la situation n'est pourtant pas totalement rose. D'abord parce que ces derniers déplorent la lenteur de France Télécom à dégrouper les lignes, les délais s'étalant entre deux et quatre semaines. Mais aussi, plus grave encore, parce que des disparités toujours plus fortes se créent entre les centres urbains et les régions périphériques (voir infographie). Logiquement, les opérateurs alternatifs investissent d'abord dans les zones à forte densité de population.

Un récent rapport de l'Observatoire régional des télécommunications indiquait qu'en un an le taux de population éligible pour une ligne dégroupée était passé de 14 à 25%. Seuls quatre départements disposent d'une couverture supérieure à 75%, alors qu'une cinquantaine de départements n'ont pour l'heure accès à aucune offre de service dégroupé. Au total, environ 2,4% des lignes sont dégroupées.

Même si les opérateurs alternatifs équipent rapidement de plus en plus de centraux téléphoniques, ces disparités pourraient apporter de l'eau au moulin de Swisscom, dont le principal argument contre une ouverture du dernier kilomètre est la menace d'un abandon des régions périphériques.