Questions à

Le Temps: Depuis le printemps 2011, le fonds BI Physical Commodity, spécialisé dans les métaux industriels, principalement le cuivre, le palladium, le zinc, le plomb, le nickel et le platine, a subi une importante correction. Quelle évolution des prix attendez-vous dans ce secteur?

Ronald Wildmann: Les métaux industriels ont probablement touché un plancher. Car, pour plusieurs d’entre eux, les prix actuels du marché – à l’exception du cuivre – ne couvrent plus les coûts marginaux des producteurs. En tenant compte d’autres coûts comme les amortissements, les producteurs ne gagnent pas d’argent avec des métaux comme le zinc, le nickel ou l’aluminium.

– Pourquoi poursuivent-ils alors la production?

– Certains groupes miniers continuent à extraire des métaux industriels pour couvrir les frais fixes, mais ils n’ont plus assez d’argent pour investir. Pour l’instant, les producteurs rechignent à fermer des sites non rentables, avant tout parce qu’ils craignent que les concurrents puissent en profiter. Mais, à long terme, si la situation perdure, des mines devront être fermées. L’exploitation n’est plus rentable aux cours actuels, sauf si les coûts de production pouvaient être abaissés, ce qui ne semble pas être le cas. En effet, même si les prix de l’énergie et l’acier ont diminué, les autres charges ont, elles, augmenté en raison de conditions d’exploitation toujours plus difficiles sur les sites miniers ainsi que des coûts de personnel en hausse. Dès lors, le risque de baisse supplémentaire des prix est limité. A l’exception du cuivre et de l’or, il ne vaut plus la peine d’ouvrir de nouveaux gisements aux prix actuels du marché! L’évolution des prix sera à l’avenir surtout déterminée par l’offre.

– Cette offre ne peut-elle pas être augmentée?

– Le cas du cuivre est intéressant. Même lorsque les cours du cuivre étaient en forte hausse durant la dernière décennie, la production n’a pas beaucoup augmenté. Au Chili et au Pérou, les groupes miniers cherchent à accroître la production de cuivre depuis plusieurs années, mais celle-ci reste malgré tout constante. Il n’est pas facile d’ouvrir des sites suffisamment rentables. Les nouveaux sites miniers produisent moins de cuivre par quantité de tonnes extraites qu’auparavant. D’ici à 2020, les mines chiliennes de cuivre vont ainsi perdre un million de tonnes de production par année en raison de l’épuisement de certains sites. Il sera difficile de compenser les mines existantes et donc de maintenir le niveau de l’offre et de la demande en équilibre.

– Des mines de cuivre peuvent être ouvertes dans d’autres pays.

– Certes, des pays comme la Zambie et le Congo disposent d’importants gisements. Mais peu importe où l’on se trouve, les coûts d’extraction augmentent car il faut d’abord investir dans de nouvelles infrastructures pour exploiter ces sites. Les contraintes sont toujours les mêmes: il faut avoir assez de main-d’œuvre qualifiée, d’eau et d’électricité. La situation est similaire pour le nickel. Les nouveaux principaux sites d’extraction de ce métal coûtent tous plus que ce qui était prévu initialement; leur lancement a pris du retard et leur production est inférieure à ce qui était prévu. Accroître la production de cuivre et de nickel est très difficile, contrairement à l’aluminium où les capacités peuvent être facilement augmentées.

– Le ralentissement de l’économie mondiale, notamment en Chine, ne fera-t-il pas baisser les prix?

– Il faut tenir compte des tendances de fond de la demande. En Chine, le nombre de véhicules par milliers d’habitants reste très inférieur à celui des Etats-Unis. Les investissements en matière d’équipements de transport vont encore devoir s’accélérer au second semestre pour atteindre les objectifs visés. De plus, le degré d’urbanisation en Chine et en Inde est encore très inférieur à celui de l’Europe, du Japon et des Etats-Unis. Or l’urbanisation implique de nouveaux besoins en infrastructure. C’est pourquoi la demande en métaux industriels ne va pas véritablement ralentir, à moins que le monde ne plonge dans une profonde récession.

– A qui s’adresse ce fonds?

– Aux institutionnels et aux privés. Notre fonds profite en cas de reprise de la conjoncture tout en ayant un caractère défensif. Il constitue aussi une alternative aux placements en or ou en argent car le cours des métaux industriels ne tombe jamais à zéro! Pour les investisseurs adeptes des scénarios de type Armageddon, les métaux industriels présentent un autre avantage: en cas de crise aiguë, des gouvernements ont cherché à reprendre le contrôle de l’or. Cela a été le cas aux Etats-Unis avec la promulgation du Gold Confiscation Act en 1933. Une telle mesure est beaucoup plus difficile avec les métaux industriels. De plus, notre fonds est investi dans huit métaux différents sur des sites géographiques très diversifiés. Le monde peut fonctionner sans or et sans argent, pas sans cuivre.

* Membre de la direction de Basinvest et gérant de fonds