Finance

L’ex-présidente de la Finma fait ses adieux publics

A la veille de sa retraite professionnelle, Anne Héritier Lachat a dressé jeudi à Genève un bilan de la surveillance financière en Suisse et de sa probable évolution. Déclenchant un débat animé

Manipulation du Libor, fonds malaysien 1MDB: pourquoi des banques suisses continuent-elles à se retrouver mêlées à des scandales financiers? C’est la question que s’est posée Anne Héritier Lachat mercredi à Genève. Réponse: parce que le système de surveillance suisse doit être amélioré et, peut-être, parce que le cadre réglementaire ne fait jamais référence à l’éthique. L’ex-présidente de la Finma (elle s’est retirée en début d’année) a donné ce qu’elle a présenté comme «une leçon d’adieu» dans une conférence de l’université de Genève, dont elle sera une future retraitée en fin d’année.

Des «cas crasses» comme ceux impliquant UBS et BSI arrivent encore malgré la superposition des règles et des intervenants, et malgré la longue expérience de l’autorité de surveillance, relève Anne Héritier Lachat, qui s’exprimait à titre personnel. C’est donc le fonctionnement du système de surveillance qui est en cause. Un système dual, dans lequel l’autorité étatique délègue la réalisation des audits à des consultants privés, et qui ressemble à un «ménage à trois parfois compliqué entre le surveillant, l’assujetti et l’auxiliaire».

Modèle suisse exotique

Ce modèle «exotique» est régulièrement critiqué pour son côté intrusif, ses règles complexes ou des coûts en augmentation. Il possède des avantages, mais «doit être appliqué avec attention», estimait en 2014 le Fonds monétaire international (FMI), qui proposait alors des pistes d’amélioration.

Deux d’entre elles ont été particulièrement critiquées par les représentants des auditeurs et du secteur bancaire, présents dans la table ronde qui a suivi la présentation d’Anne Héritier Lachat: la rotation des auditeurs (qui ne pourraient pas surveiller les mêmes clients pendant une longue période) et la constitution d’un fonds pour payer les audits (pour éviter que le surveillé paie directement son surveillant, comme c’est le cas actuellement). Le mode fonctionnement global de la Finma a également essuyé quelques volées de bois vert au passage.

Plus de dialogue, moins de diktat

Anne Héritier Lachat ne voudrait pas d’une autorité qui assure elle-même la surveillance. Mais la possibilité que la Finma mandate directement des auditeurs permettrait d’obtenir davantage d’uniformité dans les audits et peut-être de diminuer les coûts.

L’autorité de surveillance, qui dévoilera fin octobre sa nouvelle circulaire sur la gouvernance, «devrait déterminer comment surveiller chaque type d’intermédiaire financier et jusqu’où», conclut son ancienne présidente. Toute proche finalement de la position d’un autre intervenant, qui suggérait qu’au lieu de créer de nouveaux règlements, la Finma devrait déjà appliquer les lois existantes, avec «davantage de dialogue et moins de diktat».

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