Education

Avec l’extension school, l’EPFL veut accélérer la numérisation de l’économie

L’école innove en proposant de la formation continue en ligne dans les domaines technologiques avec le soutien de Daniel Borel de Logitech. Au-delà d’une simple prestation de plus, ses initiateurs voient dans ce module un moyen d’éduquer la Suisse sur ces thèmes

L’EPFL se lance dans une nouvelle odyssée qui pourrait bien révolutionner le monde de la formation. Sous l’impulsion de son président Patrick Aebischer, l’institution avait été dans les premières à se lancer dans les MOOCS en 2012, au même moment que les grandes Universités américaines. Le pas suivant vient d’être franchi avec la création de l'«Extension School», soutenue par Daniel Borel et sa fondation swissUp, qui débutera ses opérations durant l’été 2017.

L’entrepreneur qui a fondé Logitech a désormais un bâtiment à son nom dans le parc de l’innovation de l’école. Il a surtout l’impérieuse envie d’accélérer la numérisation de l’économie suisse avec à ses côtés, Marcel Salathé en charge du programme, un professeur de l’école qui a passé dix ans à Stanford. Les deux ont un plan. Ils vont proposer de la formation continue en ligne afin de former dans les développements web, mobile et data science pour commencer, des spécialités très recherchées dans les entreprises. Il s’agit d’une première mondiale dans le monde académique qui va bien au-delà des traditionnels cours du soir.

1,5 millions d’étudiants en ligne

L’extension school – des cours payants à 250 francs par mois – permettra à ceux qui passeront le diplôme final d’avoir une ligne EPFL sur un CV sans être passé par le parcours académique classique (et en bénéficiant de crédits ECTS). La formation a surtout pour but d’éduquer, dans le sens le plus noble du terme, la population sur des thèmes cruciaux pour ces prochaines années. Un mélange de l’école 42 de Xavier Niel, qui veut former les meilleurs à la programmation informatique peu importe d’où ils viennent, et de ce que l’EPFL a appris dans les MOOCS.

Ces derniers comptent déjà près de 1,5 millions d’étudiants en ligne avec 50 formations proposées, rappelle Patrick Aebischer. «Quand je suis arrivé il y a seize ans, on me pressait pour construire des auditoires de 500 places. La technologie est passée par là». Selon Marcel Salathé, qui se définit comme un épidémiologiste numérique, les cours dispensés par l’extension school proposent un niveau de prix et de qualité sans concurrence. Elle a vocation de permettre un suivi plus attentif des étudiants, quelques dizaines de milliers tout au plus.

Pour Daniel Borel, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre: l’éducation peut enfin s’affranchir des infrastructures – «pour l’école du soir, il fallait penser jusqu’au concierge pour fermer les locaux» – et des problèmes d’organisation de nos vies professionnelles. «Le plus grand nombre va désormais avoir accès à des cours, sans arrêter de travailler, sur ce qui fera vraiment l’économie de demain». L’extension school reçoit un soutien d’un demi-million de francs de la part de Swissup et vise l’équilibre à trois ans.

Une économie basée sur la valeur ajoutée

Est-ce qu’il y aura à terme des changements dans la manière de dispenser les cours? «Le navigateur web reste un outil fantastique et les outils de vidéo conférences sont désormais très fiables», souligne Marcel Salathé qui rêve déjà de l’arrivée de la réalité virtuelle dans les sphères pédagogiques, mais ce ne sera pas pour tout de suite. Daniel Borel, qui a pu expérimenter les premiers cours en ligne au début des années 80 à Stanford, renchérit: «sur la longue durée, l’évolution principale tient au fait que les équipements sont toujours plus abordables». Pour le fondateur de Logitech, qui s’est construit dans les interfaces informatiques, ce sont «les évolutions qui font les révolutions». Si l’idée des MOOCS existe depuis 40 ans, l’avancée des technologies et des mentalités a véritablement permis leur essor ces dernières années seulement.

L’ambition est la même en ce qui concerne l’impact de la formation continue en ligne dans l’écosystème helvétique. «La Suisse doit son succès à une économie orientée sur la valeur ajoutée, s’emporte l’entrepreneur. Ce qui est important c’est la qualité des gens, pas leur coût». Marcel Salathé renchérit: «ce qui me choque le plus en rentrant de Stanford tient au manque de sentiment d’urgence face à la numérisation de l’économie. Soit on embrasse cette révolution, soit nous serons balayés». Le rêve ultime de Daniel Borel, qu’il nous confie sur le ton de l’ironie, serait que les politiciens suisses, se mettent à prendre des cours de code afin de mieux comprendre le monde qui les entoure.

Marcel Salathé a la même vision: «nous devons former aux outils du monde numérique tout au long de la vie. En Suisse, avec la démocratie directe, le peuple devra trancher sur des questions complexes au sujet de la technologie et de ses usages. Comment prendre des décisions importantes si vous ne comprenez pas le sujet?»

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