Comment faire évoluer son appartement en même temps que ses changements de vie, et contribuer au développement durable? Par exemple, à partir d’une boîte de 22 m2, décider du nombre de ces parallélépipèdes de base à assembler, de la place des ouvertures, d’adjoindre ou non des balcons: c’est ce que propose le projet Swiss­woodhouse, un habitat modulaire collectif conçu par le bureau d’architectes Bauart Architectes et Urbanistes SA.

Destinée à s’intégrer dans l’espace urbain, cette réalisation audacieuse devrait se concrétiser courant 2013 dans le canton de Lucerne. Un concept architectural qui préfigure ce vers quoi pourrait tendre l’habitat de demain, qui devra composer avec une démographie en expansion, des modes de vie fragmentés et recomposés et des ressources territoriales non extensibles.

La construction modulaire pour particuliers connaît un succès retentissant au Canada depuis plusieurs années et peine encore à s’implanter en Suisse. Dans cette lignée, Bauart a développé dès l’an 2000 le concept d’une cellule entièrement préfabriquée, transportable, livrable et prête à habiter en une journée: la maison minimale «Option». Une version contemporaine du logement pavillonnaire réduit à sa plus simple expression, à l’extérieur comme à l’intérieur: toit plat, structure et enveloppe de bois, parois vitrées sur toute la hauteur donnant sur les quatre côtés, niveaux traversants subdivisés par un élément meuble, soit la cuisine entre le salon et la salle à manger ou la salle de bains entre la chambre et le bureau.

Extension de ce cube unitaire, Swisswoodhouse permet à tout un chacun de dessiner son habitation, en fonction de ses besoins, à partir d’une cellule-module, soit de concevoir son appartement à son image au sein d’un bâtiment collectif (lire l’interview d’Emmanuel Rey, associé du bureau Bauart et professeur au Laboratoire d’architecture et technologies durables de l’EPFL).

Une conception de l’habitat que n’aurait sans doute pas reniée Le Corbusier, dont on célèbre cette année les 125 ans de la naissance, lui qui inventa une nouvelle façon d’investir l’espace domestique aux antipodes d’une conception romantique et bourgeoise du «chez-soi».

Sorti de son imagination en 1914, le système Dom-Ino – soit une structure porteuse avec planchers et escalier fixes et à plan libre, permettant de combiner à loisir les pièces d’habitation – inaugurait une industrialisation de l’architecture qui fut mal comprise à l’époque. Puis mal interprétée par des promoteurs peu soucieux de la qualité de vie des habitants, lors de l’explosion démographique des Trente Glorieuses qui repoussa les limites de la ville et vit essaimer des banlieues aux habitats collectifs uniformisés.

Le célèbre architecte urbaniste imaginait la maison comme une «machine à habiter», préconisant le recours à la préfabrication mécanisée, censée optimiser l’espace et réduire délais et coûts de construction. Ce qui prend tout son sens un siècle plus tard, à l’heure où l’on se tourne vers de nouvelles manières de se loger pour rationaliser de façon écologique l’espace restant à disposition, la perception traditionnelle de l’habitat individuel se déformant sous les impératifs démographiques.

Ainsi, dans la plaquette à vocation pédagogique intitulée «Environnement construit», éditée par un collectif d’architectes en 2006, un petit encadré retient l’attention: «De nombreuses personnes aimeraient habiter dans une villa. Or, cette manière de construire des logements a pour conséquence de multiplier les espaces de détente privatisés au détriment des espaces partagés. Le sol est gaspillé et les gens s’éloignent physiquement les uns des autres.» Le Corbusier avait pris le parti d’humaniser l’habitat collectif en instaurant de nombreux espaces de convivialité, à la Cité radieuse de Marseille notamment. Ce que réinterprètent les concepteurs de Swisswoodhouse en mettant l’accent sur l’importance des espaces de rencontre au cœur de leur réalisation.

A l’origine, une cellule préfabriquée, transportable, livrable et prête à habiter en une journée