En octobre dernier, le président de la direction de Kuoni Hans Lerch affirmait que son groupe avait l'ambition de devenir un opérateur global et mondial. A l'heure des comptes pour l'année 2000, les résultats du voyagiste suisse reflètent ce processus d'expansion géographique et de diversification des activités. L'opérateur touristique a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires en progression de 17% par rapport à 1999, à 4,113 milliards de francs suisses. Seule ombre au tableau, le déficit enregistré par l'unité regroupant les sociétés d'Europe continentale.

Globalement positive, l'année écoulée propose un certain nombre de contrastes. Kuoni Suisse et ses filiales ont obtenu des résultats record avec un chiffre d'affaires dépassant pour la première fois la barre du milliard (1,003 milliard), en hausse de 10,1%. Il s'agit de la meilleure année de son histoire. Ce résultat est notamment dû au secteur des vacances balnéaires en Europe et Outre-mer, ainsi qu'au spécialiste des Maldives et de la plongée Manta Voyages.

Performances insuffisantes

L'unité Grande-Bretagne et Amérique du Nord progresse aussi, pour la première fois, au-dessus du milliard (+18,8% à 1,091 milliard). Aux Etats-Unis, la croissance s'est appuyée sur les acquisitions, ceci en raison de la consolidation sur l'ensemble de la période du voyagiste de luxe Intrav. En revanche, l'année aura été moins fructueuse pour différentes sociétés d'Europe continentale. Malgré une hausse de 8,8% (1,091 milliard) de son chiffre d'affaires, cette division termine l'exercice dans les chiffres rouges (EBITDA), enregistrant un déficit de 3,3 millions de francs.

Ce fort recul provient particulièrement des performances insuffisantes des marchés danois, italien et autrichien. En Scandinavie, les 65% du capital du voyagiste suédois Apollo ont été rachetés six mois plus tôt que prévu. Ce dernier s'est enfoncé dans les chiffres rouges en 2000, faute de n'avoir anticipé la hausse du kérosène et du dollar. Consolidée par Kuoni, la société va toutefois peser sur le bilan du premier semestre.

«Exposée au phénomène de pression sur les coûts»

Réagissant à ces évolutions distinctes, les dirigeants de la holding helvétique se félicitaient de leur politique de développement: «Grâce à cette expansion géographique et à la diversification sectorielle, Kuoni est maintenant capable d'absorber les difficultés rencontrées dans certains marchés.» Ces dernières années, les tours-opérateurs ont en effet été obligés de revoir toute leur stratégie en raison de problèmes de surcapacité du secteur et de très forte pression sur les prix. Les 230 milliards de dollars que représente l'industrie européenne du tourisme génèrent inévitablement de forts appétits.

Selon Jean-Philippe Barras, analyste financier à la Banque Cantonale Vaudoise, «les résultats sont légèrement en dessous des attentes du marché. L'entreprise est spécialement bien placée dans son segment traditionnel du haut de gamme, donc moins sensible aux fluctuations du marché. Cependant, sa démarche de diversification sectorielle l'expose maintenant de manière plus directe au phénomène de pression sur les coûts». A noter que la concurrence risque encore d'augmenter avec l'arrivée des opérateurs touristique utilisant Internet comme plate-forme principale de vente.

Actuellement, «la société entreprend un développement fondamentalement favorable» souligne Dieter Winet, de la banque Pictet & Cie. En fin de journée à la Bourse suisse, le titre clôturait en baisse de 3,6% à 718 francs. Sûrement le triple effet de la chute du marché helvétique, des résultats financiers contrastés et des prévisions mitigées pour le premier semestre. Max Katz, directeur financier de la holding, s'estime toutefois confiant pour l'ensemble de l'exercice, tout en observant que tout pronostic fiable est impossible si tôt dans l'année.