L’heure de la moisson?

Investissements Les éléments semblent réunis pour que le private equity continue de rapporter plus d’argent qu’il n’en investit

Avec 25 milliards de dollars, l’entreprise chinoise Alibaba vient de réaliser la plus grande entrée en bourse de tous les temps. Ses premiers investisseurs tels que Yahoo!, et dans le secteur du private equity Silver Lake, GGV, Goldman Sachs (qui, semble-t-il, y avait déjà investi en 1999), Fidelity Growth et Venture TDF vont pouvoir fanfaronner. Apparemment, Alibaba a déjà enregistré le nom d’Alimama pour le cas où quelqu’un voudrait l’épouser, mais bien des gens se contenteraient déjà d’une simple amitié. Alibaba est un exemple extrême et fantastique de ce qu’il faut faire en matière de private equity, c’est-à-dire contribuer à construire une belle entreprise à l’aide d’un capital patient et à produire (beaucoup) plus de capitaux que ceux investis initialement. Ces quatorze dernières années, le marché du private equity a plutôt absorbé que distribué l’argent des investisseurs. En 2004, 2005, 2011 et 2013 uniquement, le marché a globalement rendu plus qu’il n’a investi. L’année 2013 a été une bonne année, et 2014 s’avérera également très favorable pour les distributions.

Les raisons de ce déséquilibre sont multiples. Premièrement, l’ensemble du secteur mondial du private equity a connu une croissance exceptionnelle. Durant les cinq premières années de ce siècle, quelque 100 milliards de dollars y ont été investis chaque année. Ces dernières années, les investissements annuels se sont montés à 400 milliards environ.

Deuxièmement, développer une entreprise couronnée de succès prend du temps. Alibaba a connu une réussite extraordinaire et a mis quinze ans avant d’entrer en bourse. En 1999, elle a rencontré ses premiers investisseurs; elle a survécu à l’éclatement de la bulle des «dotcoms» et tiré profit de la croissance phénoménale de la Chine. De nombreux private equity ont redistribué leur argent aux investisseurs bien avant que ne soient passés quinze ans. Les plans d’affaires du private equity sont généralement basés sur cinq ans, ce qui marche très bien pour les buyouts qui ont généralement fait l’objet de rachats après quatre ou cinq ans en moyenne, même s’ils ont parfois pris un peu plus de temps, c’est-à-dire six ans actuellement selon Preqin.

Le capital-risque exige plus de patience. Les données récentes de Dow Jones Venture Source démontrent qu’aux Etats-Unis, le temps médian après le premier financement pour une vente ou un financement de plus de 25 millions de dollars était de 6,2 ans pour le secteur du biopharma et 5,5 ans pour le secteur des logiciels et des services internet au consommateur. Il faut relever que ces données contiennent un biais en faveur des bons investissements. Les entreprises qui ont échoué ne sont pas prises en compte et une «mort lente» peut durer beaucoup plus de temps, voire toujours.

Troisièmement, il n’y a pas eu beaucoup de bonnes périodes pour vendre. Par contre en 2013, les bourses se sont bien comportées et les entrées en bourse ont été relativement nombreuses, ce qui continue en 2014. Ces entrées en bourse sont très visibles, surtout lorsqu’il s’agit de montants records comme dans le cas d’Alibaba, mais ne représentent qu’une proportion modeste des distributions. La plupart d’entre elles restent des ventes commerciales, où des entreprises possédant des intérêts stratégiques, par exemple des concurrents, rachètent des sociétés de private equity. Des marchés boursiers en ébullition font grimper les transactions à des prix élevés et se traduisent par une intensification des transactions et des rachats dans le secteur du private equity. Sans oublier le marché qui est aujourd’hui très favorable pour des emprunts utilisés dans le private equity, qui n’ont jamais été aussi bon marché et qui sont disponibles pour les transactions plus importantes permettant des refinancements. Ainsi, les investisseurs reçoivent-ils leur argent en retour tout en restant propriétaires.

Si les investisseurs décident d’inonder à nouveau le private equity avec des capitaux comme ils l’ont fait en 2008 lorsque presque 800 milliards de dollars ont été investis dans le secteur, il sera difficile de placer tout cet argent avec sagesse et profit. On investira, à des prix élevés, bien plus que ce qui reviendra à la fin. C’est ce qui semble se passer en ce moment, tout spécialement pour les transactions sur des valeurs d’entreprise supérieures à 250 millions de dollars, où les multiples de l’EBIT­DA ont explosé à 14 fois, selon les données de PitchBook.

Pour les transactions plus modestes, ces multiples sont restés relativement stables, entre 5 à 7 fois; ceci fait sens du fait que la majorité des capitaux sont levés par des grands fonds, qui se battent avec beaucoup d’argent pour relativement peu de transactions. En fait, selon nos propres calculs basés sur les données fournies par Preqin, la taille moyenne d’un fond de private equity, qui se situe actuellement à 520 millions de dollars, n’avait jamais été aussi importante.

Si le secteur retient ses investissements plus longtemps, ce qui semble être le cas, plus d’argent encore sera confiné dans le private equity. Et si le climat favorable actuel pour les capitaux publics disparaît, ce qui va sûrement arriver, les transactions seront moins nombreuses et il y aura moins de rachats dans le private equity. En conclusion, le private equity continuera à rapporter plus d’argent qu’il n’en investit si le rythme des investissements reste stable et si les marchés publics et de l’emprunt restent favorables.

* Partner Lyrique

Alibaba est un exemple extrême et fantastique de ce qu’il faut faire en matièrede private equity