Le patron du groupe technologique OC Oerlikon, Thomas Limberger, est-il vraiment un héros? Lui qui a renoncé à exercer ses options et du coup accepté récemment que son salaire annuel se réduise de 27 millions de francs à 7,7 millions, du jour au lendemain.

En Suisse alémanique, la rémunération du transfuge de General Electric, comparable à celle de Marcel Ospel, président de UBS, a défrayé la chronique, tout autant d'ailleurs que son renoncement. «Je ne veux pas être un profiteur», lançait Thomas Limberger en couverture du quotidien populaire Blick, comme pour souligner ses valeurs morales.

Mais, face à la morale de Thomas Limberger, le bihebdomadaire alémanique Bilanz donne une tout autre version des faits dans une enquête détaillée publiée vendredi.

Ultimatum de Georg Stumpf

En fait, l'histoire du salaire de Thomas Limberger débute réellement le 27 mars dernier à Zurich, lors de la présentation des résultats annuels d'OC Oerlikon, groupe racheté par des activistes autrichiens et actif dans la fabrication de composants pour les fusées Ariane et les Formule 1. La conférence de presse constitue une rare occasion pour les journalistes de voir côte à côte Thomas Limberger et Georg Stumpf, le président du conseil. Les chiffres sont bons, la conférence de presse touche à sa fin, jusqu'à une question d'un journaliste concernant la justification des 27 millions de salaire empochés par Thomas Limberger en 2006. Georg Stumpf reste sans voix, silence dans la salle. Il fixe Thomas Limberger avant de rougir. «On doit voir ce qui se passe aux Etats-Unis et comparer avec les salaires de là-bas», répond avec embarras le président d'OC Oerlikon. «Il aurait dû se préparer davantage à cette question. Car la rémunération est devenue depuis quelques semaines un thème chaud entre Thomas Limberger et Georg Stumpf», avance Bilanz.

Quatre semaines avant la conférence de presse, Georg Stumpf appelle Thomas Limberger pour discuter de modifications concernant les options dans son contrat. Celles-ci ont surtout pris de la valeur grâce au rachat de Saurer par OC Oerlikon. Les architectes de l'opération sont Georg Stumpf et son associé Ronny Pecik, et non Thomas Limberger. Chez ce dernier, les arguments ne provoquent aucun effet. Difficile aussi pour l'Autrichien de priver le plus important de ses employés d'options prévues contractuellement.

D'après Bilanz, un jour après la conférence de presse, une discussion téléphonique animée, de 90 minutes, réunit les deux protagonistes. Le ton a changé. Georg Stumpf lance alors un ultimatum de 24 heures à Thomas Limberger pour renoncer librement à tout ou partie de ses options. Deux communiqués de presse sont préparés: l'un mentionne le renoncement au paquet d'options, l'autre le départ de Thomas Limberger. La voie de la sagesse est préconisée par ce dernier.

Confiance rompue

Néanmoins, les relations semblent rester extrêmement tendues entre le patron et son président. Le premier voulait déplacer la filiale américaine d'OC Oerlikon d'une agglomération suburbaine de New York à la Cinquième Avenue, juste à côté de la firme Estée Lauder. Georg Stumpf a traversé l'Atlantique pour ordonner de relouer les bureaux. Signe d'une confiance rompue: l'ère Thomas Limberger serait marquée par une envolée de ses frais de transports et déductions en tout genre. En réaction, Georg Stumpf a mandaté le cabinet Ernst & Young pour réaliser un audit interne.

Thomas Limberger serait-il proche de la porte de sortie? Le porte-parole d'OC Oerlikon refuse de commenter «les rumeurs».