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Samuel Lloreda, ici à Genève, février 2017.
© Thierry Parel

«Swiss made» (2/4)

L’homme qui enseigne l’horlogerie en Chine

Chaque année, Samuel Lloreda, ancien professeur de l’Ecole d’horlogerie de Genève, va transmettre son savoir à Hongkong. Deuxième volet de notre série sur le «Swiss made» horloger

Depuis le début de l’année, le label «Swiss Made» a reçu de nouvelles règles. De Shenzhen à Berne, «Montres Passion» a enquêté sur les origines et le destin d’un label qui demeure controversé.

Ils sont une dizaine autour de lui. A le suivre ou lui servir de guide, aux petits soins pourrait-on dire. Eux, ce sont des Hongkongais qui travaillent dans l’horlogerie. Lui, Samuel Lloreda, «le maître», comme l’appelle l’un d’entre eux. Un maître horloger invité à leur transmettre son savoir pour la troisième année.

L’automne dernier à Hongkong, dans les allées du salon Watch and Clock, qui se targue d’être la manifestation horlogère la plus grande du monde, Samuel Lloreda distillait ses remarques. Il prolongeait en quelque sorte le cours qu’il venait de donner à ses élèves pendant deux mois, venu pour eux tout spécialement de Genève. «Rien ne vaut la Suisse, pour les montres. C’est pareil pour les professeurs d’horlogerie, s’enthousiasme Gary, qui revendique vingt ans dans la branche, dont l’essentiel dans le service après-vente. Je viens chaque année suivre son cours. Le maître m’aide à chasser mes mauvaises habitudes!»

Le premier volet de notre série: Dans l’horlogerie, la qualité suisse se fabrique même depuis Shenzhen

Un savoir recherché

L’initiative de cette sorte de masterclass, comme on dirait en musique ou en cinéma, revient à l’importante Federation of Hong Kong Watch Trades & Industries (HK Watch). Une association qui réunit les plus grands distributeurs de montres suisses de l’ancienne colonie britannique. Elle s’était fait remarquer en avril 2015 lorsque plusieurs de ses membres avaient écrit aux horlogers suisses pour se plaindre de la chute des ventes.

Au début des années 2010, la fédération hongkongaise avait encore d’autres préoccupations, dont le manque de main-d’œuvre qualifiée pour entretenir et réparer les montres vendues en masse les années précédentes, rappelle-t-elle dans son rapport annuel de l’époque. Il lui manquait aussi un professeur à la hauteur de ses ambitions. Ce dernier ne pouvait venir que de Suisse. Hervé Munz, anthropologue du monde horloger et postdoctorant à l’Université de Genève, faisait alors un voyage à Hongkong. «J’ai été mis en contact avec les responsables du centre de formation, se souvient-il. Ils m’ont demandé de trouver un horloger suisse qui accepterait de venir donner des cours chez eux.» Quelques mois plus tard, Hervé Munz rencontrait Samuel Lloreda «lors de la Journée internationale du marketing horloger, à La Chaux-de-Fonds. Il songeait à prendre une retraite anticipée mais souhaitait conserver une activité. Le projet hongkongais lui a tout de suite plu.»

Une vie pour les montres

Soixante-cinq ans aujourd’hui, et depuis trois ans à la retraite de l’Ecole d’horlogerie de Genève, Samuel Lloreda a consacré toute sa vie aux montres. Avant de devenir enseignant, il a travaillé une dizaine d’années pour Nouvelle Lemania, Vacheron Constantin ainsi que Patek Philippe. Gary le remercie de lui «avoir appris à travailler avec précision et à faire attention au moindre détail, à bien huiler les pièces, par exemple».

Tout détailler, tout maîtriser A Hongkong, Swatch Group, Rolex ou encore Richemont disposent chacun de leur propre centre de formation. La fédération hongkongaise ne vient d’ailleurs pas les concurrencer. Samuel Lloreda s’en défend aussi. Ses deux cours de deux mois, le premier pour débutants, parfois des vendeurs qui n’ont jamais touché une montre, et celui dit avancé, constituent «plus une très bonne initiation qu’une formation complète». Le cours se fait avec des calibres suisses. «J’ai essayé d’enseigner en travaillant avec le 6897 chinois, produit par Seagull, mais c’est impossible tant les pièces ne sont pas ajustées de manière précise et régulière», regrette-t-il.

Il enseigne avec une traductrice

Le maître genevois revient à Hongkong avec plaisir, même si «le cours n’est pas simple à donner, car je ne parle pas anglais, racontait-il un après-midi de l’été passé pendant son temps libre, entre ses heures d’enseignement du matin et du soir. Heureusement, j’ai une traductrice formidable. Elle est d’origine vietnamienne, parle un français remarquable et s’est très bien documentée pour connaître les termes techniques.»

Pourtant, le plus difficile n’est sans doute pas la langue. «Face aux élèves, parfois, je deviens fou. Nous n’avons pas du tout la même culture, la même approche du métier. Prenez le ressort. Ils savent ce qu’il doit faire, mais ils ne vont pas du tout chercher à comprendre pourquoi. Pour eux, seule la fonction compte, les mécanismes derrière, l’aspect théorique si l’on veut, ne les intéressent pas. C’est très troublant pour nous qui cherchons à tout détailler, à tout maîtriser.» Alors, pour s’en sortir, il dit à ses élèves: «Oubliez tout ce que vous avez appris.»

A son poignet, Samuel Lloreda porte une montre squelette dont il a conçu la boîte et qui fonctionne avec un calibre suisse 6497, réputé pour sa robustesse. Succès garanti auprès de ses élèves, curieux et admiratifs de son savoir-faire. A la fin des deux mois, «ceux ouverts au changement adoptent un autre état d’esprit et s’intéressent au fonctionnement en détail de la montre», se réjouit-il.

Lire également: Les marques suisses se lancent à l’assaut de la contrefaçon chinoise

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