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L’homme fort de Volkswagen, Ferdinand Piëch, sort par la petite porte

L’Autrichien démissionne de ses fonctions à la tête du constructeur. Une décision qui intervient après un bras de fer de deux semaines à la tête du groupe

L’homme fort de Volkswagen, Ferdinand Piëch, sort par la petite porte

Automobile L’Autrichien démissionne de ses fonctions à la tête du constructeur

Une décision qui intervient après un bras de fer de deux semaines à la tête du groupe

Une page de l’histoire de Volks­wagen vient de se tourner. Ferdinand Piëch, 78 ans, le patriarche autoritaire qui tirait les ficelles du groupe depuis vingt-sept ans, vient de démissionner samedi de toutes ses fonctions, tout comme son épouse Ursula, mettant ainsi fin à deux semaines d’une lutte de pouvoir.

Il n’a pu gagner le bras de fer qui l’opposait aux autres actionnaires au sein du conseil de surveillance, l’instance dirigeante du groupe. Les rumeurs continuent d’aller bon train à l’étage des chefs à Wolfsburg, où siège le groupe. Un successeur devrait être proposé lors de l’assemblée générale du 5 mai.

Tout a commencé le 11 avril, par une petite phrase lapidaire, extraite d’une interview du patriarche au magazine Der Spiegel: «J’ai pris mes distances avec Winterkorn.» Martin Winterkorn, dit «Wiko», 67 ans, bras droit de Piëch depuis de longues années, technicien hors pair et très apprécié des représentants des salariés, est le président du directoire de Volks­wagen. Conforté par la majorité des actionnaires, il est désormais le nouvel homme fort du groupe. La petite phrase assassine de Piëch fait l’effet d’un tremblement de terre. L’Autrichien Piëch, figure marquante de l’industrie automobile allemande depuis 50 ans, petit-fils de l’inventeur de la Coccinelle Ferdinand Porsche, auteur du rapprochement des marques VW et Porsche, est un redoutable tacticien, dont l’antichambre est jonchée de nombreux «cadavres». «Volkswagen est son royaume», écrivait il y a peu l’hebdomadaire Die Zeit, qualifiant Ferdinand Piëch d’«autocrate» œuvrant et manœuvrant avec des méthodes d’un autre temps.

Personne ne s’attendait à ce coup de tonnerre. Wiko formait en effet avec Piëch – gros actionnaire et président du conseil de surveillance – un duo dont l’apparente harmonie était considérée comme l’un des facteurs du succès de VW. En poste depuis 2007, Martin Winterkorn peut se targuer d’un bilan plus qu’honorable: depuis son arrivée, les exportations ont augmenté de 64%, le chiffre d’affaires de 86% et le bénéfice opérationnel a triplé. Malgré quelques ombres au tableau: les faiblesses de la marque VW par rapport aux joyaux du groupe que sont Audi ou Porsche, les difficultés de la division poids lourds et l’incapacité de VW à s’imposer sur le marché américain. Les analystes s’accordent toutefois à dire que Martin Winterkorn n’a pas à rougir de son bilan.

La presse spécule toujours sur les raisons de la disgrâce de Martin Winterkorn auprès de son mentor. Deux hypothèses sont avancées. Les bruits qui avaient circulé voici un an et demi sur sa santé auraient pu être distillés par l’entourage de Martin Winter­korn. Ferdinand Piëch avait assuré qu’il «guillotinerait» l’auteur de ces rumeurs une fois sûr du nom du coupable. Surtout, Ferdinand Piëch, qui voit en VW l’œuvre de sa vie, voulait régler seul sa succession en désignant son épouse Ursula, 59 ans, pour lui succéder. N’ayant pu imposer ce plan, il aurait cherché à installer un nouveau duo à la tête du groupe avec le patron de Porsche Matthias Müller et l’ancien chef de BMW Herbert Diess… «Ferdinand Piëch est devenu la victime du style de direction qu’il a lui-même imposé, constate l’analyste Stefan Bratzel, qui dirige le Center of Automotive Management, au sujet de ce drame industriel. La façon dont il a dû démissionner fait penser aux nombreux changements de direction qu’il a provoqués de façon brutale au cours de son long règne.» De fait, la liste de ses victimes est longue. Les deux prédécesseurs de Martin Winter­korn avaient appris par voie de presse leur discrédit. «Quand je veux obtenir quelque chose, assurait-il dans son autobiographie, je m’attaque directement au problème et m’impose, sans prendre en considération ce qui se passe autour de moi.»

Mais cette fois, Ferdinand Piëch n’a pu s’imposer. «Le vainqueur de ce bras de fer est l’alliance formée par les représentants des salariés au sein du conseil de surveillance avec le Land de Basse-Saxe, dirigé par les sociaux-démocrates, estime le spécialiste automobile Ferdinand Dudenhöffer, de l’Université de Duisbourg. Le but de cette alliance est d’abord de sauver l’emploi au pays des hauts salaires qu’est l’Allemagne, ce qui n’est pas forcément dans l’intérêt de VW à long terme.» En clair, le SPD et les syndicats, associés à la gestion du groupe conformément à la tradition de la cogestion à l’allemande, se sont imposés en choisissant de maintenir Winterkorn et de virer «le vieux» au moment où le groupe s’apprête à mettre en œuvre un programme d’économies de 5 milliards d’euros. Le message est clair: ce plan ne devra pas se faire au détriment des salariés allemands du groupe.

Sorti par la petite porte, sans lauriers ni longs discours, le manipulateur Ferdinand Piëch pourrait toutefois continuer de jouer un rôle important au sein de Volks­wagen, dont il reste l’un des principaux actionnaires.

Piëch, auteur du rapprochement des marques VW et Porsche, est un redoutable tacticien

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