Industrie

L’«homme idéal» sur lequel ABB joue son avenir

Le Suédois Björn Rosengren a été nommé pour diriger le géant technologique basé à Zurich. Fort d’une expérience confirmée dans les restructurations, il aura la lourde tâche d’accélérer la refonte du groupe, dans un contexte économique en net ralentissement

C’est visiblement l’homme que l’on attendait. Les récentes rumeurs sur sa possible embauche à la tête d’ABB avaient déjà causé quelque émoi sur les marchés: à l’évocation du nom de Björn Rosengren fin juillet, l’action du géant zurichois de l’électrotechnique avait gagné près de 3% sur la séance, tandis que celle de son employeur actuel, le groupe suédois d’ingénierie Sandvik, perdait plus de 2%. La rumeur s’est confirmée dans la nuit de dimanche à lundi, le géant zurichois pourra bien compter sur le Suédois de 60 ans dès le mois de mars; son titre s’est aussitôt envolé de 4% à l’ouverture de la bourse.

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Et pour cause, sa restructuration de Sandvik, qui s’est concrétisée par une décentralisation et des réductions de coûts drastiques incluant la vente d’unités et la suppression de 2000 postes (sur 42 000), a fait grimper de 70% le cours de l’action depuis son entrée en fonction en 2015. Un bilan qui en fait «le candidat idéal pour porter ABB vers l’avant», s’est félicité sur Twitter le président du groupe, Peter Voser.

L’Argovien de 60 ans assure l’intérim à la direction générale du groupe zurichois aux 147 000 employés depuis le départ surprise d’Ulrich Spiesshofer en avril, sous la pression des actionnaires. Ceux-ci ont d’ailleurs salué la nouvelle de la nomination de Björn Rosengren, mais attendent le nouveau patron au tournant: «Nous pensons qu’il est la bonne personne pour mener ABB dans la prochaine phase» de sa transformation, a écrit dans un communiqué Investor AB, son plus important actionnaire avec 11,2% du capital.

«ABB souffre d’une incongruence entre le potentiel de ses activités dans l’industrie 4.0 et ses résultats financiers souvent mitigés ou décevants», commente Nicolas Bürki, de Mirabaud Asset Management. L’ex-Brown Boveri annonçait en décembre l’abandon de ses activités historiques dans le transport d’énergie pour se centrer sur la robotique et l’automatisation industrielle.

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Une décision entérinée par la vente de son unité Power Grids au groupe japonais Hitachi. Mais les effets de la mue tardent à se concrétiser. Au deuxième trimestre, la rentabilité du géant helvetico-suédois s’est cependant érodée et les analystes ont jugé décevants les résultats de sa division robotique et automation, qui constitue le cœur du futur groupe.

Dès lors, actionnaires et investisseurs comptent sur le nouveau directeur général pour accélérer la refonte du groupe. Et si l’a priori lui est favorable, la conjoncture ne l’est pas. «Le contexte économique est en net ralentissement», avertit Frédéric Potelle, de Bordier & Cie, en témoignent les derniers indices manufacturiers, baromètres de la santé de l’industrie, en net repli. Peut-être devra-t-il adapter ce plan, conçu et annoncé par d’autres, à ce volet conjoncturel, estime l’analyste. «Les sept mois qui séparent l’annonce de lundi de son entrée en fonction rajoutent à l’incertitude et pourraient être longs pour les impatients», conclut Nicolas Bürki.

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