Nommé pour redresser la barre de la mythique manufacture vaudoise spécialisée dans les boîtes à musique, les montres musicales et les oiseaux chanteurs, Kurt Kupper est arrivé à Sainte-Croix précédé d'une aura de gestionnaire hors pair. Comment s'y prend-il pour relancer la machine? pour redonner envie à ses nouveaux collaborateurs de repartir au combat? Le doigté et le pragmatisme d'un dirigeant qui a déjà restructuré le groupe italien Binda et assaini la marque Hublot.

Le Temps: Comment se fait-on accepter quand on vient de l'extérieur pour reprendre les rênes d'une entreprise en difficulté?

Kurt Kupper: Tout est question de respect. Avec 70 collaborateurs, Reuge est le plus important employeur de Sainte-Croix. Mes collaborateurs sortent d'une période d'épreuves, de licenciements. Je leur donne des signes positifs, leur prouve de manière tangible que nous n'avons pas l'intention de fermer. Cela passe par des actions concrètes, des petits pas: améliorer le parc des machines et redonner de l'éclat aux infrastructures. Et, en même temps, élaborer notre stratégie à long terme.

- Qui traitez-vous le mieux entre vos collaborateurs et vos clients?

- C'est un cercle vertueux. Les employés motivés fabriquent de meilleurs produits et offrent un meilleur service.

- Préférez-vous l'agenda électronique ou de papier?

- Les deux. Et ils sont interchangeables. Dans mon portable, je note tous les détails, les coordonnées, les sujets qui seront abordés, le lieu, l'heure. Et dans mon agenda de papier, que je peux emporter partout grâce à sa petite taille, je ne consigne que les informations élémentaires.

- Etes-vous lève-tôt ou lève-tard?

- Lève-tôt, couche-tard. Mes journées commencent vers 5 heures et démarrent très vite. J'aime beaucoup ces heures où personne n'est encore arrivé dans l'entreprise. Elles sont très efficaces en termes de qualité et de quantité de travail. Du fait que nous sommes mondialement présents, je téléphone le matin à mes correspondants japonais, et le soir aux Américains.

- Quelle a été votre pire épreuve et quelles mesures concrètes avez-vous prises pour la surmonter?

- Il y a quelques années, un de mes collaborateurs est décédé durant un voyage d'affaires. Il a fallu gérer à la fois le choc émotionnel et les problèmes concrets. Il avait une jeune femme et des enfants en bas âge, et était très apprécié de ses collègues. La tristesse était immense. En même temps, il fallait négocier avec les autorités sur place, rapatrier le corps, et assurer les affaires courantes. J'ai fixé des priorités entre l'émotionnel et le rationnel, priorités que j'ai empoignées l'une après l'autre.

- Votre recette antistress?

- Pour résoudre un gros problème, il ne faut pas l'embrasser d'un coup, mais le partager en petits morceaux et traiter ceux-ci par étapes. Il m'arrive aussi de demander de l'aide. C'est une attitude positive, qui est accueillie positivement.

- Jeteur, trieur ou accumulateur?

- Je trie. Parmi les milliers d'informations que je reçois, il y a celles que j'écarte, celles que je délègue ou que je traite et celles que je laisse mûrir.