Justice

L’homme qui pourchasse le fantôme de Madoff

Dix ans après l’arrestation de l’escroc du siècle, le liquidateur chargé de régler la faillite Madoff, Irving Picard, affirme avoir récupéré plus de 13 milliards de dollars sur les 19 milliards de pertes subies, selon ses calculs

«Il n’y a absolument rien, ce n’est qu’un énorme mensonge, une chaîne de Ponzi géante.» Les aveux de Bernard Madoff à ses fils, la veille de son arrestation dont on fête les dix ans, laissaient peu d’espoir de récupérer les 65 milliards de dollars qu’on pensait alors engloutis dans la fraude du siècle. Finalement, l’escroc aurait provoqué des pertes de 19 milliards, dont plus de 13 milliards ont été recouvrés, a affirmé mardi le liquidateur américain chargé de régler la faillite de Madoff. En dix ans de chasse aux profits fictifs de l’escroc new-yorkais, l’avocat Irving Picard aura au passage empoché plus de 1 milliard de dollars d’honoraires.

Depuis sa nomination le 15 décembre 2008, Irving Picard (77 ans) a eu deux objectifs: établir l’ampleur de la fraude Madoff et récupérer des fonds. La première partie de son travail a pris du temps, pour démêler l’écheveau de fausses transactions qui ont donné l’illusion que Bernard Madoff gérait effectivement l’argent de ces clients. En réalité, le courtier utilisait les fonds apportés par les nouveaux clients pour payer les intérêts et les remboursements dus aux plus anciens. Cette chaîne de Ponzi est devenue intenable lorsque la crise financière a asséché les arrivées des premiers et drastiquement augmenté les retraits des seconds.

Lire aussi: Rebondissement dans l’ultime affaire Madoff à Genève

Myriade de procédures en justice

Pour retrouver une partie de l’argent, Irving Picard a exigé que les clients et anciens clients de Madoff remboursent l’intégralité des retraits qu’ils avaient effectués durant les six ans précédant la révélation de la fraude, au motif qu’ils savaient probablement qu’il s’agissait d’une escroquerie.

Selon les calculs d’Irving Picard, l’escroquerie de Madoff a effacé au total 19 milliards de dollars d’avoirs, bien loin des 65 milliards mentionnés par l’escroc lui-même lors de son arrestation, le 11 décembre 2008 (il purge actuellement une peine de 150 ans de prison). La différence entre les deux montants correspond aux profits fictifs que Madoff affirmait avoir générés pour ses clients au fil des ans, à raison de 11-12% par an, quoi qu’il arrive sur les marchés financiers.

Lire aussi: A la chasse aux millions de Bernard Madoff

Ces dix dernières années, Irving Picard a donc attaqué tous azimuts, lançant plus de 1000 procédures. Le trustee a visé les clients directs de Madoff mais aussi les fonds de placement qui apportaient des avoirs à l’ancien président du Nasdaq. Sur les 13,3 milliards de dollars ainsi récupérés, 12,7 milliards ont été distribués aux «perdants nets», c’est-à-dire aux investisseurs qui avaient confié davantage d’argent à Madoff que ce qu’ils ont retiré auprès de lui entre 2002 et 2008. Près de 1400 «petites» victimes (ayant le droit de récupérer moins de 1,38 million de dollars) ont été remboursées. Irving Picard affirme donc avoir recouvré quelque 70% des fonds détournés, alors que ce taux reste en général compris entre 5 et 10% dans les affaires de chaînes de Ponzi.

Mille dollars de l’heure

Le liquidateur estime même qu’il pourrait récupérer 4 milliards supplémentaires s’il pouvait poursuivre les clients qui n’avaient pas de liens avec les Etats-Unis – qui auraient par exemple investi via une banque suisse et un fonds de placement luxembourgeois. En première instance, un tribunal lui a refusé cette extraterritorialité. Le trustee a fait appel. Avec ces 4 milliards, il atteindrait 91% de taux de récupération et aurait du travail pour quatre années supplémentaires.

Lire aussi: La fraude Madoff analysée par un avocat

Du travail extrêmement lucratif pour le trustee – dont les honoraires s’élèvent à 1000 dollars de l’heure – et pour les 200 autres avocats mobilisés, à un salaire horaire moyen de 430 dollars. Au total, Irving Picard aura reçu plus de 1 milliard de dollars d’honoraires pour son travail – à 100% – sur le dossier Madoff. Cette somme, prélevée sur un fonds de protection des investisseurs, constitue «un sage investissement», conclut le trustee.

Publicité