Il fallait du courage pour lancer une régie en pleine crise immobilière. En 1993, Enrique Ortiz l'a fait «en partant de zéro» avec son associé, Bernard Riondel. Trois ans plus tard, ils rachetaient leur ancien employeur, Roch Immobilier, qu'ils rebaptisaient Régie du Rhône. «Nous étions les seuls à bien connaître la structure de la société, à pouvoir la remettre sur les rails.» Né à Madrid, Enrique Ortiz est arrivé à Genève à l'âge de 5 ans. Il est entré dans l'immobilier un peu par hasard, au service de la comptabilité d'une petite régie. Grâce à Jean Roch, qui lui a appris le métier de la gérance, il y a pris goût.

Les deux hommes partageaient une passion commune du football. Enrique Ortiz l'a transmise à ses deux fils. A travers eux, il est revenu à son sport favori, en présidant le club de sa région: Bernex-Confignon. Mais il ne joue plus; à 46 ans, il préfère les sports moins dangereux, comme le jogging ou le vélo.

Aujourd'hui, la Régie du Rhône compte 85 employés, pour un état locatif de 165 millions. Deux tiers du capital sont détenus à parité par les deux associés. Le dernier tiers appartient à deux investisseurs financiers: «des amis». La transparence est pour Enrique Ortiz un argument de vente. Le secteur de la gérance immobilière avait un déficit en la matière. Depuis deux ans un système de consultation en ligne permet aux propriétaires, clients de la régie, de connaître les travaux prévus sur leurs immeubles ou la situation débitrice précise de chacun des locataires. «Ce sont surtout les investisseurs institutionnels et les grands propriétaires qui consultent les données.» Actuellement, Enrique Ortiz est moins directement impliqué dans la gérance et se concentre sur la conception de projets immobiliers. Il a monté plusieurs sociétés coopératives.

Enrique Ortiz, qui porte une petite barbe bien taillée, a choisi d'habiter dans une maison de village, bâtie au début du XXe siècle. «Une façon de se sentir proche de l'histoire d'une communauté». Un lieu tout à fait à l'opposé de Hongkong, où il vient de faire escale. Il conserve une image négative de l'habitat dans cette ville; trop haute. Mais elle montre que «la capacité d'adaptation de l'être humain est incroyable».