«Toutes les conditions pour la recapitalisation sont maintenant réunies. Nous attendons donc une décision favorable lundi des administrateurs. Mais il ne faut pas crier victoire trop tôt.» Patrick Jeandrain, porte-parole de Sabena, pousse un ouf de soulagement. Après dix jours de négociations serrées, direction, personnel et pilotes sont parvenus à un accord sur le volet social du plan de restructuration de la compagnie aérienne belge. Cet accord, dont les actionnaires – l'Etat belge (50,5%) et SAirGroup (49,5%) – ont fait une condition à la recapitalisation de l'entreprise, permettra à Sabena de sortir des turbulences. Même si sa survie à long terme est loin d'être assurée.

L'heure de vérité approche pour Sabena. Le conseil d'administration se prononce aujourd'hui sur les efforts consentis par les 12 000 employés pour redresser la barre de la compagnie, qui a perdu l'an dernier plus de 300 millions de francs. Si les administrateurs jugent que l'objectif d'économies est atteint, ils proposeront à l'assemblée générale des actionnaires qui se réunit vendredi de procéder à la recapitalisation prévue. Dans le cas contraire, ils n'auront d'autre choix que de préparer la liquidation de l'entreprise.

Comment en est-on arrivé là? La faillite menaçant, les actionnaires entérinent le 20 janvier un plan de recapitalisation complété par des mesures d'économies de 750 millions d'euros au total (1,14 milliard de francs). L'Etat belge y contribuera pour 100 millions, SAirGroup s'engageant à débourser 150 millions. La revente et la filialisation de certaines activités de Sabena (catering, manutention, cargo et maintenance technique) au groupe suisse généreront 150 autres millions. Le solde (350 millions) sera obtenu grâce à «Blue Sky», le plan de redressement lancé en octobre dernier. Ce ne sera pas une sinécure.

SAirGroup tiendra-t-il

ses promesses?

Une assemblée générale des actionnaires estime le 8 février que le personnel et les pilotes rechignent à faire les efforts demandés. Le volet social du plan «Blue Sky» prévoit des économies à hauteur de 52 millions (notamment grâce à la suppression de 600 à 700 emplois). Or les négociations n'ont débouché que sur 27,5 millions. Du coup, les actionnaires annoncent le report au 23 février de la décision sur la recapitalisation. Et exigent d'ici là un accord sans condition du personnel et des pilotes au plan de restructuration. Eric Honegger, le nouvel homme fort de SAirGroup, se fait menaçant: «Nous ne ferons aucune concession de plus pour sauver Sabena.»

L'avertissement a été entendu. Un accord est intervenu la semaine dernière entre la direction et les représentants du personnel. Il prévoit des garanties pour l'emploi, des mises à la retraite anticipée devant permettre d'éviter des licenciements «secs». Les pilotes ont suivi. Ils ont entériné à leur tour ce week-end un accord. «Nous étions au pied du mur, reconnaît un de leurs représentants, l'assemblée générale des pilotes n'a pas voulu prendre le risque de faire échouer la recapitalisation.»

Les jeux ne sont pas faits pour autant. Le personnel s'étant engagé à se serrer lui aussi la ceinture, le conseil d'administration devrait logiquement proposer la poursuite des activités de la compagnie. Mais SAirGroup, en situation difficile, respectera-t-il ses engagements en procédant à l'injection de capital promise? La Belgique ne crie pas encore victoire. «Même en cas d'accord social, avertissait vendredi le quotidien Le Soir, rien n'assure que les actionnaires suisses voteront la poursuite des activités de l'entreprise.»