L’horlogerie suisse continue de recruter à tour de bras. Nonobstant les tourments conjoncturels, la force du franc ou le ralentissement dans le haut de gamme en Chine, les usines tournent à plein régime. Et la recherche de nouvelles forces vives aussi. Les chiffres donnent même le vertige. Sur les six premiers mois de l’année, Swatch Group, qui a par ailleurs publié la semaine dernière des résultats semestriels record, a embauché 700 nouveaux collaborateurs en Suisse et 300 à l’étranger, selon la porte-parole Beatrice Howald, confirmant une information de la presse alémanique.

En d’autres termes, le numéro un mondial de l’horlogerie a presque créé quatre (3,83) nouveaux emplois par jour en Suisse, week-end et fériés compris. Au début de l’année, le groupe biennois parlait de 1000 nouveaux postes de travail pour l’ensemble de 2012. A demande exponentielle, réponse de taille. En 2011, Swatch Group avait déjà créé 1350 emplois dans le pays. Soit une moyenne de 3,69 postes de travail en sus au quotidien.

Les autres horlogers ne sont pas en reste. Les effectifs du secteur sont passés de 48 548 à 52 803 employés en une année. Ou autrement dit, une augmentation de 8,8% ou 4255 personnes, selon un récent sondage de la Convention patronale de l’industrie horlogère suisse (CPIH). Des données qui s’arrêtent toutefois au 30 septembre 2011. Il y a donc fort à parier que ces chiffres sont aujourd’hui nettement plus élevés. Probablement de la même ampleur que la hausse constatée entre 2010 et 2011. Ce qui porterait les effectifs à quelque 56 000 personnes. «Ce sont des chiffres extraordinaires. Mais ils ne tombent pas du ciel. Il y a un extraordinaire travail en amont de la part des horlogers. L’horlogerie est probablement la championne suisse des créations d’emplois. Il faut le dire haut et fort», s’enthousiasme Elisabeth Zölch, présidente de la CPIH. «La branche est vraiment très prolifique, un dynamisme peut-être unique», corrobore Anne Rubin, porte-parole du syndicat Unia.

Un regard historique permet aussi de rendre compte de ce tonus pétulant. Certes la branche ne parviendra plus jamais (quoique…) au niveau qui était le sien dans les années 1970. Sa situation structurelle était alors fort différente et la crise du quartz a induit un redimensionnement drastique et douloureux: de quelque 90 000 employés en 1970, les effectifs étaient en effet passés à un peu plus de 30 000 en 1984. Ce n’est qu’au début des années 2000 que la barre des 40 000 a à nouveau été franchie. A l’exception de la forte récession de 2009-2010, ils n’ont cessé de progresser entre-temps. L’horlogerie suisse a ainsi créé 20 000 emplois en quinze ans, en hausse de 60%. Donc 1333 en moyenne par année. Dans le même temps, le nombre d’entreprises est resté relativement stable (579 contre 573 en 2011).

La branche devient par ailleurs toujours plus pointue. Alors qu’il y a vingt ans, on comptait deux tiers de personnes non qualifiées contre un tiers de qualifiées, ces proportions se sont désormais inversées. Les travailleurs qualifiés représentaient l’an dernier 61,5% des effectifs totaux.

Elisabeth Zölch ne voit qu’un seul risque à l’horizon, un ralentissement brutal des ventes horlogères en Asie et surtout en Chine. «Trop d’entreprises sont devenues très dépendantes de ces régions.» Car tout éternuement à Shanghai ou à Hongkong aura inexorablement des répercussions sur l’emploi dans les vallées horlogères. «Mais on n’en est pas encore là», relativise la présidente de la CPIH.

Tout éternuement à Shanghai ou Hongkong aura inexorablement des répercussions