Mercredi sur le site internet de Rolex, quatorze emplois étaient proposés par la manufacture genevoise. Demain, les offres devraient également faire florès. C’est que l’horlogerie recrute à tour de bras, peut-être comme jamais, pour répondre à une demande toujours croissante malgré le marasme conjoncturel. Et les besoins en main-d’œuvre vont rester particulièrement élevés, notamment dans la production. D’ici à 2016, soit après-demain en termes de formation, «la branche va recruter et former massivement», a expliqué mercredi lors d’une conférence de presse Elisabeth Zölch, présidente de la Convention patronale de l’industrie horlogère (CPIH).

Selon une enquête prospective réalisée par l’organisation patronale, la branche va accroître ses effectifs de 15% d’ici à 2016. Il lui faudra donc former ou trouver 3200 nouveaux collaborateurs dans les métiers de la production. Vu l’ampleur des chiffres, le défi paraît colossal. François Matile, secrétaire général de la CPIH, relativise. «On est en adéquation globale entre l’offre et la demande», selon lui.

Il n’y a donc pas lieu de parler de pénurie de personnel ou de tensions dans le recrutement, même si les entreprises horlogères évoquent sans cesse un marché du travail très délicat. La CPIH n’en démord pas: les objectifs sont atteignables. «Depuis notre dernière enquête datant de 2006, les effectifs horlogers ont augmenté de 8000 personnes», ajoute François Matile. Les capacités d’adaptation du secteur et de formation restent donc intactes.

Le secrétaire général précise aussi que ces chiffres ne représentent qu’une augmentation du personnel de production de 3% par année. Dans le détail, 40% des nouveaux employés serviront à combler les départs (retraite ou mobilité interne dans l’entreprise) et 60% constituent une augmentation nette des effectifs, a indiqué pour sa part Séverine Favre, responsable du service formation professionnelle auprès de la CPIH. Si les départs à la retraite seront compensés par les apprentis actuellement en cours de formation (400 par année), il faudra encore trouver 1200 personnes.

Les entreprises doivent former davantage

Les besoins en mains-d’œuvre, par ailleurs toujours plus qualifiée, se font sentir dans tous les corps de métiers techniques. Les micromécaniciens arrivent en tête (+26%), suivis par les cadranographes (+23%) et les horlogers purs. Pour ces derniers, ils devraient progresser de 22 à 25% selon la spécialisation. Des hausses significatives sont également à prévoir pour les termineurs en habillage horloger (19%) et les dessinateurs en microtechnique (+17%). L’enquête de la CPIH se base sur les réponses de 184 entreprises, qui représentent 81% du personnel global de la branche.

Et quelles influences pourraient avoir les aléas économiques sur ces perspectives? «Les sociétés ont établi leurs besoins sur la base d’un scénario minimaliste», a souligné François Matile. En d’autres termes, sans accident économique majeur, la demande pourrait s’avérer encore plus élevée.

Le secrétaire général a en outre lancé un appel aux entreprises, les invitant à former davantage et surtout à engager plus d’apprentis. Selon lui, les écoles horlogères du pays ont largement apporté leur dû. Ainsi, 70% des nouveaux venus y sont formés, contre seulement 30% dans les sociétés de la branche.

Si la CPIH se montre sereine, elle n’en reste pas moins vigilante. Face à ce besoin accru, il convient aussi d’augmenter la formation interne en entreprises ou par les formations modulaires déjà existantes, de même que continuer le recrutement de personnel à l’étranger ou encore maintenir les spécialistes au-delà de l’âge de la retraite. Attirer davantage les femmes vers les métiers techniques et recruter dans d’autres secteurs font également partie des leviers à disposition. «Ce sont autant de possibilités pour assurer la relève», a conclu François Matile.