L’humanitaire suisse se porte bien malgré les délocalisations au CICR

Emplois Annoncées jeudi, les mesures d’économies à la Croix-Rouge contredisent la tendance générale

Une étude note une hausse annuelle de 15% des offres d’emploi dans le «non-lucratif»

Il y a un an, le directeur du CICR, Yves Daccord, indiquait que l’organisation internationale basée à Genève – 950 employés au siège, un record selon l’institution – allait étudier les moyens de réduire ses coûts de fonctionnement.

Mercredi, son président Peter Maurer a confirmé cette annonce. Le CICR va délocaliser certaines activités du siège vers «des villes moins chères». «Il faut réduire les frais administratifs pour canaliser les fonds vers les opérations sur le terrain», a-t-il déclaré à l’ATS.

De fait, le budget du siège pour l’an prochain augmentera seulement de 1,3%, à 194,3 millions de francs, alors que le budget des opérations est lui en hausse de 24,9%. «Comme le personnel n’augmentera pas de 25%, cela signifie que chaque employé du CICR devra faire plus pour répondre aux besoins croissants», a relevé Peter Maurer.

Un plan social a été négocié et il est en place depuis cet été, confirme Dorothéa Krimitsas, porte-parole, qui ne fournit pas de chiffres sur l’ampleur de la délocalisation. ­Celle-ci devra permettre des économies au siège comprises entre 3 et 5 millions de francs d’ici à 2018, souligne-t-elle. Le CICR tranchera uniquement parmi les effectifs de support, c’est-à-dire dans l’administration et l’informatique. «Il s’agit d’envoyer certains services sur le terrain», précise la porte-parole. L’organisation compte aussi donner «plus de responsabilités au niveau de ses délégations. Pour autant, le CICR continuera à rester ancré à Genève et à développer son expertise humanitaire», rassure-t-elle aussi.

La décision du CICR peut faire craindre un début de contagion. L’humanitaire suisse, comme l’industrie privée, est touché de plein fouet par le franc fort et les hauts salaires helvétiques. Pourtant, plusieurs indicateurs dessinent plutôt la tendance inverse.

D’abord, l’Unicef, dragué par le Danemark, a décidé de conserver ses 300 employés à Genève. Ensuite, les dernières statistiques du recruteur Michael Page, publiées jeudi, font apparaître une progression annuelle de 15% des offres d’emploi dans le secteur non lucratif. Au cours des deux derniers mois, le nombre d’annonces en ligne est passé de 1099 à 2012. Même si ce décompte comporte quelques doublons, la croissance de l’emploi est réelle.

Un exemple? La Déclaration de Berne, une structure d’une trentaine de personnes, certes à la taille et à la logique différentes de celle du CICR, a engagé de deux à trois personnes par an ces dernières années. Elle prévoit deux recrutements en 2015.

Le site lausannois d’information sociale Reiso.org a, lui, enregistré un bon mois de septembre, avec près de 150 offres d’emploi publiées. Le site affiche 5000 visiteurs uniques par jour, selon la rédactrice en chef, Marylou Rey.

A Genève, le directeur exécutif de Michael Page, Charles Franier, indique que les profils les plus recherchés se retrouvent dans le management de projets. «Les organisations, même de petite taille, cherchent à gagner en visibilité, avec des profils dans la communication ou dans la levée de fonds.» Pour être séduisants «beaucoup ont dû proposer des salaires presque égaux à ceux du privé. Même si on peut encore considérer que les salaires fixes sont de 10 à 20% au-dessous du marché.»

«Beaucoup d’ONG ont dû proposer des salaires presque égaux à ceux du privé»