«Nous ne pouvons pas prévoir l’avenir, et nous ne cherchons pas à le faire», a prévu d’emblée Michael Frank, le directeur de l’Association des entreprises électriques suisses (AES). Au lieu de cela, les représentants de l’organisation dont les membres assurent plus de 90% de l’approvisionnement helvétique en électricité ont préféré esquisser mardi quatre «univers énergétiques», qualifiés d’extrêmes par l’association, destinés aux acteurs de la politique et de la branche. «Il s’agit d’offrir une perspective globale pour aider à appréhender le tournant énergétique», a ajouté Kurt Rohrbach, le président de l’AES lors d’une conférence mardi à Berne.

Lire aussi: Des barrages suisses sont à vendre: comment en est-on arrivé là?

Globalement, les quatre univers envisagés par l’organisation sont définis selon deux axes différents: approvisionnement centralisé ou décentralisé d’une part; une Suisse isolée ou au contraire interconnectée avec l’étranger en matière d’énergie d’autre part.

Le premier de ces univers, appelé «Trust World», serait caractérisé par un approvisionnement centralisé, alors que la Suisse et les pays européens s’isoleraient de plus en plus en matière d’électricité. Le second, intitulé «Trade World», prévoit aussi un approvisionnement très centralisé mais avec du courant à bas coûts provenant d’Europe. A l’inverse, l’univers «Local World» prévoit une énergie produite en Suisse de manière décentralisée, dans une économie largement numérisée. Enfin, dans le «Smart World», l’approvisionnement et le pilotage de la consommation sont décentralisés, alors que la Suisse est fortement interconnectée avec l’Europe.

La numérisation gagnera du terrain dans l’énergie aussi

Outre ceux-ci, l’association a décrit aussi un scénario considéré comme le plus plausible, appelé la «Tendance 2035 de l’ASE». Reprenant certains des éléments précédents, il se caractériserait par une production d’énergie à la fois centralisée et décentralisée, dans un contexte où la numérisation pendrait de l’ampleur dans le secteur de l’énergie. Le nombre de dispositifs de stockage décentralisés augmenterait, de même que l’auto-approvisionnement. L’hydraulique continuerait de dominer. Kurt Rohrbach a souligné que l’ASE «s’engage pour l’énergie hydraulique». Le gaz prendrait aussi de l’importance alors que la convergence des réseaux augmenterait. Au contraire des univers «Trust World» et «Local World», la Suisse serait très dépendante des importations de courant et de gaz en provenance d’Europe durant l’hiver. Dans celui-ci, les auteurs de l’étude proposent l’utilisation de tarifs dynamiques permettant de «récompenser les comportements utiles au réseau».

Les scénarios seront réévalués chaque année

Quant à la Stratégie énergétique 2050 - qui prévoit une sortie progressive de l’énergie nucléaire, rendue possible grâce à un accroissement de l’efficacité énergétique et un développement des énergies renouvelables –, Michael Frank a souligné que celle-ci ne fournit qu’une vision limitée du chemin à parcourir jusque-là. «Nous n’avons aucune garantie. Nous devons apprendre à vivre avec les incertitudes», a ajouté le directeur. Le but de l’étude est aussi de collaborer avec des instituts qui travailleront à des solutions, par exemple l’institut Empa spécialisé dans les sciences des matériaux.

Lire aussi: Le peuple votera sur la Stratégie énergétique 2050

Par ailleurs, la «Tendance 2035 de l’AES» sera remise à jour chaque année. Un premier point pourrait être effectué dès avril ou mai prochain, a indiqué un porte-parole. Chaque année, l’étude intégrera les éventuels nouveaux éléments importants survenus, comme le vote sur un éventuel référendum contre la Stratégie énergétique 2050 lancé par l’UDC en octobre dernier et donc le délai échoit en janvier prochain.