Le sommet entre le Royaume-Uni et l’Union européenne en fin de semaine dernière devait fournir au Premier ministre britannique David Cameron des concessions suffisantes sur les principales divergences politiques afin de calmer les inquiétudes de la population britannique sur la situation actuelle de leur pays au sein de l’UE alors que les sondages indiquent que la nation est partagée sur cette question.

Ainsi, David Cameron aurait-il pu rentrer au Royaume-Uni avec toutes les cartes en main pour organiser un référendum en juin et enterrer le problème pour un long moment afin de permettre à son pays d’aller de l’avant et de mettre fin aux divisions au sein des Conservateurs. Au lieu de cela, David Cameron rentre chez lui plutôt gêné, avec très peu de véritables concessions: des allocations sociales versées aux migrants jusqu’au veto quant à une éventuelle réforme des traités européens. Et comme si cela ne suffisait pas, le très influent et très populaire maire de Londres Boris Johnson, lui aussi membre du parti conservateur, s’est rallié aux opposants à David Cameron en se prononçant en faveur d’une sortie de l’UE au référendum de juin prochain. Le cours des marchés des obligations britanniques et le cours de la livre sterling font le yoyo depuis cette annonce car une sortie des Britanniques de l’UE constituerait pour eux un véritable désastre pour la monnaie et l’économie britanniques.

La BCE dans la peau du sauveur

Mais faisons le point avant de tous sombrer dans le désespoir à l’idée d’un retrait du Royaume-Uni de l’Europe. Tout d’abord, malgré la tentative maladroite de David Cameron de sortir le pays de ce mauvais pas, les dernières analyses des sondages continuent à suggérer que les proeuropéens l’emporteraient sur les antieuropéens. Un résultat qui pourrait bien entendu évoluer si l’UE bascule vers une nouvelle crise des obligations souveraines ou si les craintes récessionnistes s’accentuent. Mais si on part du principe que Mario Draghi et ses collègues auront les coudées franches pour «faire ce qu’il faut» lors de la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) prévue le 10 mars prochain, la BCE pourrait être en mesure d’endiguer ces risques pour le moment.

Ensuite, le Royaume-Uni n’a jamais vraiment fait partie de l’Union européenne. En fin de compte, le pays a toujours conservé sa mentalité insulaire historique en ne signant pas les accords de libre circulation de Schengen et en refusant la monnaie unique dès 1992. Son secteur des services financiers, avec ses propres règles, reste d’une importance capitale (s’il venait à être menacé, alors un Brexit est pratiquement garanti). Il serait plutôt absurde de la part du Royaume-Uni de se plaindre de sa relation avec l’UE alors que le pays en tire les principaux avantages, notamment en matière de libre-échange, pour un coût très minime. Le chef du parti pour l’indépendance du Royaume-Uni Nigel Farage a tweeté durant le week-end qu’il était temps de «quitter l’UE, de contrôler nos frontières, de diriger nous-mêmes notre pays et de cesser de donner 55 millions de livres à Bruxelles chaque jour». Même si ce chiffre semble impressionnant, il ne représente qu’environ 1% du PIB du pays. Alors pourquoi toute cette agitation? À n’en pas douter, il faudrait s’attendre à un dévissement réflexe de la livre sterling si le Royaume-Uni prenait la décision aussi improbable qu’insensée de voter la sortie de l’UE en juin prochain. Mais je m’inquiéterais en fait beaucoup plus pour le sort à long terme de l’Union européenne en cas de Brexit car le Royaume-Uni est déjà très indépendant et une sortie de l’UE formerait un précédent pour les autres pays qui envisageraient eux aussi de quitter le navire.

*Analyste et stratège en devises auprès de Saxo Bank


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