Allez savoir pourquoi le nouveau premier ministre chinois Li Keqiang passe ces prochains jours à Berne, puis et à Berlin, mais boude la capitale européenne. Serait-il parce que Bruxelles a fait de la Chine la première cible de sa politique de défense commerciale dont le but est de protéger les intérêts de ses entreprises?

On dit l’Empire du Milieu susceptible. Le blogueur chinois Han Han montre dans «La Chine offensée» à quel point le pays est à fleur de peau face aux attaques ou critiques, plus particulièrement lors que celles-ci viennent de l’étranger.

Après avoir mené une enquête sur les pratiques anti-dumping sur les panneaux solaires importés de Chine, Bruxelles s’apprête à imposer une taxe punitive pouvant aller jusqu’à 67% du prix. Ce n’est pas tout. Le commissaire Karel de Gucht chargé du Commerce vient d’annoncer une enquête contre l’importation d’équipements (réseaux et plateformes de contrôle) de télécommunications fabriqués et exportés par Huawei, le numéro un chinois et son concurrent la ZTE.

L’an dernier, les Etats-Unis et l’Australie ont mis le holà à la participation de ces deux entreprises dans des projets nationaux en mettant en avant une question de risque à la sécurité nationale. Selon eux, Huawei et ZTE sont trop proches du régime chinois; elles pourraient constituer le cheval de Troie de Pékin.

L’UE fournit un autre argument: les deux entreprises bénéficieraient de larges subventions publiques, ce qui leur permet de faire de la concurrence déloyale aux entreprises européennes. Huawei et ZTE ont en effet fait une percée spectaculaire sur le marché européen, avec une part de marché de 19%. L’an dernier, elles ont vendu pour un milliard d’euros.

L’argument de Bruxelles ne tient pas vraiment. Normalement, une enquête antidumping est lancée à la demande d’entreprises se sentant lésées par la concurrence déloyale. Dans ce cas, il s’agit d’une initiative propre de la Commission. Ericsson, Nokia Siemens Networks et Alcatel-Lucent, les trois leaders européens dans le domaine, l’ont dissuadée d’aller de l’avant. Elles sont actives en Chine et sont intéressées par le potentiel grandissant du marché chinois. A Pékin, le ministère du Commerce a fait savoir que le chiffre d’affaires réalisé par les trois entreprises européennes est beaucoup plus important que celui d’Huawei et de ZTE sur le marché européen.

Alors, le premier ministre Li Keqiang bouderait-il Bruxelles à cause de cette guerre commerciale qui ne dit pas son nom?