Mensonges financiers, comptes embellis, omertà: les reproches qui sont faits aux neuf accusés excellents de l'affaire du Crédit Lyonnais évoquent très fort ceux qui ont valu, en juin 1995, une condamnation à six ans de prison à un ancien partenaire de la banque, Florio Fiorini, génial inventeur et mauvais démon de feu la holding genevoise Sasea. Et les aventures financières hors norme qui ont poussé Sasea à la fin de 1992 vers une faillite record (plus de deux milliards de pertes) sont étroitement liées à celles qui ont provoqué la déconfiture de la banque nationalisée française. Deux des accusés d'aujourd'hui, Jean-Yves Haberer et François Gilles, ont même été placés sous mandat d'arrêt par la justice genevoise pendant quelques mois entre 1994 et 1995.

Avant d'être le nom d'une faillite mémorable, Sasea était celui d'une holding financière au succès fulgurant, comptant de nombreux noms prestigieux à son conseil d'administration. Les investigations judiciaires qui ont suivi sa chute ont mis en évidence le caractère très discutable de ce succès. Selon l'acte d'accusation dressé contre Florio Fiorini, les chiffres publiés pour 1989, 1990 et 1991 étaient faux: les actifs étaient artificiellement gonflés par des modifications constantes des entités prises en compte dans le bilan consolidé et grâce à des opérations plus ou moins fictives entre ces entités. A partir de 1991, toutefois, le Crédit Lyonnais était devenu un acteur prépondérant de la vie de la holding – un acteur qui, ont plaidé en cœur Florio Fiorini et cinq anciens dirigeants jugés par la suite avait une part de responsabilité prépondérante dans la débâcle finale.

La banque, qui a perdu des sommes considérables dans la faillite de Sasea, a toujours contesté ces accusations, sans toujours convaincre. En acquittant les cinq anciens dirigeants de la holding en novembre 1998, le Tribunal de police genevois a d'ailleurs accusé le Lyonnais d'avoir «montré une absence totale de scrupule» dans les mois qui ont précédé la faillite. Une chose, toutefois, est sûre: quel qu'ait été le rôle des dirigeants d'alors du Crédit Lyonnais dans l'affaire Sasea, leur principal but était, non de s'enrichir mais de limiter les pertes déjà considérables que leur avait occasionnées leur association avec Florio Fiorini. Ces pertes provenaient d'abord de l'association du Crédit Lyonnais Bank Nederland (CLBN) à la tentative de reprise de la mythique Metro Goldwyn Meyer (MGM) par Florio Fiorini et son très douteux ami Giancarlo Parretti. Acrobatique comme toutes celles concoctées par le patron de Sasea, l'opération de rachat devait être financée par la réalisation des actifs de MGM. Elle a mal tourné, et la Crédit Lyonnais, qui ne devait au départ assurer qu'un crédit relais, y a mis finalement plus d'un milliard de dollars, en partie récupérés par le Consortium de réalisation chargé de valoriser les actifs douteux de la banque à l'occasion de la revente de la compagnie à son ancien propriétaire Kirk Kerkorian en 1996.