Idées

Les libéraux se distancient des conservateurs

Après avoir quitté la société Hayek, Karen Horn, son ex-présidente, ainsi que plusieurs professeurs d’économie allemands lancent une plateforme de réflexion et de recherche (NOUS) et débattent de l’opposition entre libéraux et conservateurs

Presque tout oppose les libéraux et les conservateurs ainsi que l’a montré la conférence organisée par la plateforme de réflexion libérale NOUS à Fribourg en Brisgau, jeudi et vendredi. Ses fondateurs ont choisi un nom, que l’on traduirait par réseau pour les systèmes économiques et la philosophie sociale («Netzwerk für Ordnungsökonomik und Sozialphilosophie») et qui en grec ancien signifie «esprit» et «compréhension».

Un but d’information et de recherche

L’objectif est de permettre aux philosophes, économistes, historiens, sociologues et politologues d’informer, de débattre librement et d’effectuer des recherches sur les thèmes actuels. Ceux-ci vont des migrations à l’assouplissement quantitatif en passant par le populisme ou la démocratie directe. Ce réseau comprend de nombreux professeurs d’économie très connus à côté de Karen Horn, professeure de l’histoire des idées à l’Université de Berlin, Ottmar Issing, l’ancien directeur de la Bundesbank, Lars Feld, l’un des cinq «sages», les conseillers du gouvernement allemand, ou Michael Wohlgemuth, directeur du laboratoire d’idée Open Europe, à Berlin (voir www.nous.network).

Karen Horn avait quitté la présidence de la Société Hayek, du nom du philosophe libéral et prix Nobel d’économie, en critiquant le danger couru actuellement par certains libéraux en flirtant avec les courants nationalistes. Des dizaines de membres l’ont accompagnée dans cette démarche.

Le libéralisme se définit bien sûr par sa défense de la liberté individuelle, mais aussi par le fait de se concentrer sur les processus en laissant ouverts leurs résultats. Il ne cherche pas à définir un type de société idéale et reste au contraire ouvert à la découverte et à l’innovation. A l’inverse, le conservatisme définit un objectif à atteindre et se méfie du nouveau. Il protège aussi les structures et institutions en place.

«Les libéraux acceptent par conséquent la globalisation et la libre circulation des personnes, des biens et des idées, alors que les conservateurs, qu’is soient politiquement à gauche ou à droite, les considèrent comme une menace», fait valoir Lars Feld.

L’un est ouvert à l’innovation, l’autre non

Pour les libéraux, l’immigration est l’envers de la médaille de la globalisation», selon Lars Feld. C’est un défi à relever, mais aussi une chance, à son goût. «Le pluralisme est la sœur du libéralisme», renchérit Nils Goldschmidt, professeur à l’université de Siegen. «La concurrence des idées permet l’échange, l’ouverture et la sensibilisation à d’autres cultures», ajoute-t-il. Ce dernier se prononce toutefois contre le multiculturalisme parce qu’il omet l’importante notion d’inclusion. Précisément à l’égard de l’immigration, il est crucial, à son avis, d’intégrer les nouveaux arrivants avec l’appui de l’État. L’objectif de l’intégration consiste, pour Nils Goldschmidt, à «créer les conditions de développement de sa propre vie».

Les conférenciers cherchent à montrer que le libéralisme prend ses distances avec la seule dimension économique pour porter le débat sur les valeurs et la philosophie.


A lire aussi:

Publicité