Analyse

La liberté et la démocratie malgré le risque de récession

Le vote du 23 juin aura un impact considérable. Les citoyens britanniques feront un véritable choix de société. Entre l’inconnue économique d’un Brexit et un retour à une plus grande souveraineté politique, le statu est très probable. Mais son prix risque d’être lourd

Après le meurtre de la députée socialiste Jo Cox, la probabilité d’un maintien du Royaume-Uni dans l’UE s’est nettement accrue selon les sondages et les marchés financiers. Ce que Milton Friedman a appelé «la tyrannie du statu quo» devrait l’emporter. En Angleterre, sur les 47 référendums locaux depuis 2001, 33 se sont traduits par une opposition au changement.

Les pressions sur les citoyens sont énormes. Les laboratoires d’idées, ONG, lobbyistes et les autres innombrables bénéficiaires des largesses de l’UE mènent campagne sur un thème porteur: La peur de l’inconnu, du chaos et d’une baisse des revenus. Même le flegmatisme britannique pourrait céder. La prospérité ne vient pourtant pas du statu quo, ni des souhaits de ce «paradis des intérêts particuliers» qu’est Bruxelles. Elle se nourrit d’innovation, de liberté et des nouvelles technologies.

Idéal démocratique ou roc eurocratique

Le choc entre l’idéal démocratique anglais, qui a fait le plus avancer les droits politiques, et le roc eurocratique créé pour détruire les souverainetés nationales est extrêmement violent. L’enjeu, c’est celui de la démocratie et du «droit des peuples à disposer d’eux-mêmes que Bruxelles, lentement mais sûrement, a pour ambition ultime de faire disparaître», comme l’écrit Charles Gave, président de l’institut des libertés.

Le Brexit se traduirait par une récession à court terme en raison de l’incertitude qu’il provoquerait sur les investissements, selon l’institut Open Europe, le plus neutre qui soit sur ce sujet. Mais le refus du Brexit ne ferait qu’aggraver les tensions politiques et le déclin économique de l’UE – le PIB de l’UE ne représente que 17% de l’économie mondiale contre 30% en 1980-.

Après l’élection à Rome de Virginia Raggi, la candidate populiste du Mouvement 5 étoiles, les regards se porteront, le week-end prochain, sur les élections générales en Espagne. Les signes de rejet de Bruxelles et des partis traditionnels se poursuivront. Podemos et les séparatistes catalans et basques devraient l’emporter, faisant ainsi tomber le gouvernement pro-UE de Mariano Rajoy. De Londres à Rome, Berlin ou Madrid, les mêmes causes produisant les mêmes effets, les partis traditionnels figurent au rang des accusés. L’AfD, Podemos, le Front national accumuleront les succès.

Entre l’idéal de paix et les intérêts particuliers

A Bruxelles, on n’a pas coutume de cultiver les rendez-vous démocratiques. On enfoncera le clou du «plus d’Europe», «plus d’uniformité» et «plus de réglementations». Loin des idéaux de paix et de coopération initiaux, les eurocrates n’ont pas le même agenda que les partis traditionnels. Ils ne se présentent pas devant l’électeur. Pour eux, «c’est une question de prêts hypothécaires et de frais de scolarité, pas de souveraineté ou de démocratie», écrit le député conservateur britannique Daniel Hannan dans son livre Why vote leave (ed. Head Zeus).

Il y décrit par exemple les avantages personnels, financiers et fiscaux, des élus et eurocrates. 1000 d’entre eux ont un revenu supérieur à David Cameron, affirme le parlementaire. Que Londres vote le Brexit ou non, ce sont ces avantages qu’ils chercheront à préserver. Le centralisme restera en vigueur, même si «redresser l’économie quand on a perdu le contrôle de la politique budgétaire, de la monnaie et de ses frontières est une aimable plaisanterie», ironise Charles Gave.

Les menaces avancées par Bruxelles en cas de Brexit ne devraient pourtant pas être mises en œuvre. La France exporte 1,3 milliard d’euros de vins au Royaume-Uni, l’Allemagne 16 milliards de BMW et Volkswagen, l’Italie 500 millions d’euros de chaussures. L’UE ne peut se fermer de la Grande-Bretagne très longtemps pour le plaisir de punir toute voix discordante. Cinq millions d’emplois du continent dépendent de la Grande-Bretagne.

Attaque contre les référendums

Même l’instrument du référendum est de plus en plus attaqué, non seulement par Bruxelles, mais aussi par le Financial Times et The Economist. Son exercice serait «démagogique». James Breiding combat cette attitude anti-démocratique dans «Foreign Affairs». Le référendum, explique l’auteur de «Swiss Made», limite les «caractères toxiques» des démocraties. C’est un instrument de contrôle d’élus ayant trop tendance à faire des promesses qu’ils ne tiennent pas et à distribuer des services qui ne seront payés que bien après eux. La Suisse est très compétitive, prospère, stable et sûre «en grande partie grâce à l’exercice répété du référendum, sur la réduction de la semaine de travail, un frein à l’endettement, des lois protégeant l’environnement et parfois une hausse d’impôt», explique l’économiste. Un référendum n’a passé que dans 2% des cas. Mais c’est l’existence de cette menace qui importe.


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