La libre circulation des personnes avec les pays de l’Union européenne (UE) et de l’AELE a favorisé la croissance de l’économie suisse au cours des dix dernières années, sans toutefois améliorer le revenu moyen de la population. C’est ce qu’observe une étude publiée jeudi par l’institut KOF de l’EPFZ.

«L’immigration substantielle en provenance de l’EU et des pays de l’AELE [ndlr: Islande, Liechtenstein, Norvège et Suisse] au cours des dernières années a en premier lieu stimulé le produit intérieur brut (PIB). Ses effets sur le revenu moyen de la population – mesuré à l’aide du PIB par habitant – ont été plutôt faibles», conclut l’institut. Entre la période qui a précédé l’introduction de la libre circulation, en juin 2002, et la phase suivante, le PIB par habitant n’a que peu progressé en Suisse, observe l’étude mandatée par l’Office fédéral des migrations (ODM).

Le PIB réel par habitant a crû en moyenne de 0,7% par an de 1993 à 2002. Depuis, il a augmenté de 0,9% chaque année. En ce qui concerne l’économie suisse dans son ensemble, le contraste est plus marqué: la hausse du PIB qui n’avait été que de 1,3% par an de 1993 à la mi-2002 s’est ensuite accélérée à 1,8% depuis que l’accord a graduellement déployé ses effets.

Pour les auteurs de l’étude, le produit intérieur brut par habitant est une mesure préférable à celle du seul PIB. En effet, avec une population croissante, la demande en biens et services s’inscrit logiquement en hausse, sans que cela ait forcément d’effets sur les revenus des habitants qui résidaient déjà dans le pays auparavant.

En Suisse, l’accroissement démographique est responsable à lui seul de près de la moitié de la croissance de l’économie située à 1,9% par an depuis 2002. Sur ce chiffre, une part de 0,9% est due à la hausse du nombre d’habitants, dont 0,5% incombe à la seule population étrangère résidante en Suisse.

Les auteurs de l’étude soulignent les nombreux avantages apportés à l’économie par l’accord sur la libre circulation des personnes: «L’accord a eu un impact petit mais positif sur la croissance du PIB par habitant et de la productivité du travail». D’une part, car l’intensité en capital des entreprises a diminué depuis 2002. Auparavant, celles-ci, en manque de personnel, préféraient accumuler du capital. D’autre part, «la libre circulation des personnes a amélioré la qualité de la main-d’œuvre. «Avec l’ancien régime basé sur les contingentements de permis, il n’aurait pas eu une immigration de main-d’œuvre qualifiée d’une telle ampleur», jugent-ils.

Une étude récente de Credit Suisse parvient aux mêmes conclusions. Depuis 2002, l’immigration a progressé en Suisse mais a aussi connu une modification de sa structure, observe la banque. Les «nouveaux immigrants» apportent la relève nécessaire en dirigeants et diplômés universitaires. Ils viennent en premier lieu compléter la main-d’œuvre locale, et non lui faire concurrence, observe la banque, qui reconnaît que la croissance démographique en Suisse mène son infrastructure à la limite de ses capacités et fait pression sur l’immobilier.

Enfin, même si l’immigration induite par la libre circulation des personnes n’a que faiblement amélioré le PIB par habitant, les auteurs du KOF soulignent néanmoins que le pouvoir d’achat des Suisses a augmenté durant la dernière décennie. Ainsi, le revenu intérieur brut par habitant – une mesure différente du PIB par habitant – a augmenté de 2,1% par an depuis 2002. Ces gains de pouvoir d’achat sont dus à l’évolution du rapport entre les prix à l’importation et à l’exportation, qui s’est révélée favorable pour la Suisse.

«La libre circulation des personnes a amélioré la qualité de la main-d’œuvre»